La halle fait la superficie d’un terrain de football. Au milieu, quelques canapés et tables peinent à meubler l’imposant volume. Un écran de télé trône au mur où passent les images des attentats de Bruxelles, tandis que des haut-parleurs diffusent des chansons des Beatles. Quatre hommes, assis sur un canapé ont les yeux rivés sur la TV. «C’est terrible ce qui se passe à Bruxelles». Bonnet enfoncé sur les oreilles, notre interlocuteur ne veut pas donner son nom. Il affirme venir de Gambie, être arrivé le 26 février à Thoune, n’avoir jamais eu ni vu aucun problème dans le centre. «Nous avons besoin de plus d’aide, c’est tout ce que j’ai à dire».

115 personnes dans un centre à 600 places

Comme lui, 114 jeunes hommes séjournent dans le centre fédéral d’asile de Thoune. Ouverte le 18 décembre dernier, l’infrastructure était prévue pour 600 personnes. Mais les centres fédéraux sont loin d’être surchargés aujourd’hui. «Nous n’utilisons pour l’heure que deux tiers de la capacité d’accueil. Nous avons encore de la place, mais nous devons nous préparer à l’éventualité d’un afflux à venir», confirme Lea Wertheimer, porte-parole du Secrétariat d’État aux migrations (SEM). La Confédération s’attend en effet à faire face cette année à l’arrivée d’au moins 40’000 requérants d’asile, comme l’an dernier, si ce n’est plus.

Ce centre va effectivement fermer en mai. C’est prévu ainsi dans le contrat. En juin, il y aura ici une fête de gymnastique

Pourtant, la caserne de Thoune aura été rendue à l’armée cet été, au moment où l’afflux de requérants pourrait être le plus important. La Confédération l’a promis. «Ce centre va effectivement fermer en mai. C’est prévu ainsi dans le contrat. En juin, il y aura ici une fête de gymnastique» explique Lea Wertheimer. Dans cette structure provisoire, on place des candidats à l’asile provisoires eux aussi en quelque sorte. Ce sont des cas Dublin. La plupart seront renvoyés dans le pays de l’espace Schengen ayant enregistré en premier leurs empreintes digitales. Ou alors, si l’accord migratoire conclu entre Bruxelles et Istanbul déploie ses effets, certains pourraient être renvoyés à la case départ, en Turquie.

Trouver un «endroit sûr»

Omid, 19 ans, est justement passé par là. Il vient d’Afghanistan où «il n’y a aucune sécurité, ni futur». Arrivé en Turquie vers Noël, il a pris un bateau à destination de la Grèce. Puis a voyagé jusqu’en Allemagne, qui l’a renvoyé vers l’Autriche. C’est là qu’il a décidé de venir en Suisse. Il est arrivé par le train à Buchs (SG). Omid sait qu’un transfert l’attend. Peu importe, tant qu’il peut rester en Europe. «Je cherche juste un endroit sûr pour moi et ma famille. Je pense beaucoup à elle». Sa mère et ses sœurs sont restées en Iran, faute d’argent pour continuer le chemin. Ses yeux s’embuent. «J’aimerais avoir des nouvelles. Mais je n’ai pas accès au téléphone ou à Internet».

A ses côtés, Ukubu, 30 ans, a quitté l’Erythrée depuis 6 ans où il a laissé sa femme et sa fille. Il a ciblé la Suisse, après cinq ans passés en Israël. «En Suisse, les règles sont justes. C’est un pays très bien. J’ai besoin d’une formation et j’espère recevoir de l’aide». Ukubu estime ne plus pouvoir rentrer en Erythrée: «Ils vont m’arrêter, m’emprisonner, voire me tuer».

Ordre et sécurité

Pour les deux hommes, attablés autour d’une méthode d’apprentissage d’allemand, le manque de moyens de communication semble plus difficile à gérer que l’incertitude. A Thoune, les requérants n’ont pas droit au téléphone portable, susceptible de perturber le repos. «C’est un défi ici de gérer des espaces totalement ouverts. De petites incompréhensions culturelles peuvent rapidement mener à un conflit», note Damian Buchs, directeur du centre. Des bagarres ont eu lieu entre différentes communautés, séparées dans deux halles. La configuration des lieux ne laisse pas de place à l’intimité. Les dortoirs sont en fait des espaces ouverts délimités par des casiers. Adrian Arbogast, employé d’ORS, la société privée qui gère ce lieu, est néanmoins content: «L’atmosphère est très agréable je trouve. C’est moins pire que ce j’imaginais en arrivant dans ce lieu».

Oualid, 18 ans, un jeune Marocain très content d’avoir la visite de journalistes, mais visiblement surpris par les procédures d’asile, n’est pas d’accord: «Il n’y a pas de vie ici». Dans le haut-parleur, une voix annonce en mauvais français: «M. M. et M. A., s’il vous plaît, venir à la réception pour aider, merci (sic).» En échange de services – nettoyages du sol, de la cuisine, etc. – les requérants reçoivent des bons points qui leur permettent de bénéficier de sorties ou de participer à des travaux dans la ville. Mohammed, lui aussi Marocain, soupire: «Cela fait 2 mois que je suis là. J’en ai marre. J’aimerais retourner en Italie ou en Espagne».