Il est indispensable de sceller des alliances si l’on veut créer des majorités au parlement. Cette constatation, l’UDC la fait de plus en plus sienne depuis le début de la nouvelle législature. Depuis les élections, se sont déroulées cinq sessions parlementaires. Lors des votes enregistrés au Conseil national durant ces cinq sessions, l’UDC s’est moins fréquemment présentée seule contre tous les autres. C’est avec le PLR qu’elle cherche tout particulièrement à trouver plus souvent un terrain d’entente. L’évaluation sur une échelle gauche-droite allant de –10 à +10 le démontre.

Le groupe parlementaire UDC a légèrement glissé sur sa gauche. Toutefois, l’ancien conseiller fédéral Christoph Blocher ne semble guère impressionné par cette évolution. Après une pause de huit ans, il a fait son retour au Conseil national et se positionne à nouveau tout à droite, avec une cote de +9,3. Seul le président de l’ASIN, Pirmin Schwander, se montre moins apte au compromis et obtient la cote record de +9,9.

Cela dit, même si l’UDC multiplie les alliances avec le PLR, elle ne remporte pas davantage de votes. Au contraire. Le nombre de succès de ce parti s’inscrit en léger recul. L’UDC et le PLR paient en effet le prix de la défaite électorale subie l’automne dernier. Ensemble, ils ont égaré dix sièges au Conseil national, ce qui a affaibli leur force de frappe. Et c’est le centre gauche qui en tire profit. La proportion d’alliances entre le PS et le PDC est passée de 13 à 18%.

Paradoxalement, ce sont les Verts qui ont le plus augmenté leur pourcentage de votes gagnés alors qu’ils faisaient partie des principaux perdants aux élections d’octobre 2011. Profitant de l’affaiblissement du camp bourgeois, ils remportent désormais autant de votes que l’UDC. Mais, s’ils restent très légèrement à gauche du PS, ils se positionnent globalement moins près du bord gauche de l’échiquier politique. Et les deux parlementaires les plus à gauche du Conseil national ne sont pas verts mais socialistes. Il s’agit de Susanne Leutenegger Oberholzer (–9,3) et de Carlo Sommaruga (–9,1).

Verts libéraux homogènes

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est la position des deux «jeunes» groupes que sont les Verts libéraux (PVL) et le Parti bourgeois-démocratique (PBD), désormais représentés par davantage d’élus. Selon leur propre évaluation, les deux formations se veulent très centristes, ce qui ne les empêche pas de présenter des profils différents. Les Verts libéraux obtiennent une valeur de –2,1, légèrement à gauche de la médiane. Cela découle des thèses qu’ils défendent en matière d’environnement mais aussi à propos de sujets de société et de sécurité, et cela en dépit de positions plutôt restrictives dans le domaine de l’asile.

Malgré le renforcement de leur députation, qui a plus que doublé, les Verts libéraux se montrent plutôt unis. C’est chez eux que le nombre de voix discordantes est le plus bas. Dix de leurs 12 conseillers nationaux sont très proches les uns des autres. Seule la Vaudoise Isabelle Chevalley (–1,8) et le président du parti, Martin Bäumle (–1,7), se démarquent légèrement à droite de leurs collègues. Mais Martin Bäum­le n’est séparé de Kathrin Bertschy que de 0,6 point, ce qui est peu. La jeune Bernoise est la plus à gauche du groupe (+2,3). Elle s’est érigée en porte-drapeau du PVL lors du débat sur la politique agricole qui a eu lieu lors de la dernière session.

Quant au PBD, il mène une politique un peu plus bourgeoise, puisqu’il obtient la cote de +1,1. Son spectre politique est un peu plus étendu. Il va de l’ancien directeur bernois des Finances Urs Gasche (+1,9) à Rosmarie Quadranti (+0,5), encore relativement peu connue.

Présidents à droite

Comme cela a été relevé, Martin Bäumle est le plus à droite des députés du PVL. A l’exception du camp rose vert, il faut constater que tous les présidents de partis viennent de l’aile droite de leur formation respective. C’est le cas de Toni Brunner (+8,9) à l’UDC, de Philipp Müller (+2,9) au PLR, de Martin Landolt (+1,6) et de Christophe Darbellay (+1,0).

Il faut cependant relever quelques nuances. Après son élection en 2003, Philipp Müller accompagnait fréquemment Filippo Leutenegger à l’extrémité droite du PLR. Alors que le Zurichois Leutenegger a durci ses positions, Philipp Müller s’est progressivement montré plus consensuel et compte désormais six libéraux-radicaux sur sa propre droite. A l’inverse, Christophe Darbellay qui, à ses débuts en 2003, s’était positionné au centre gauche, glisse depuis lors vers la droite du PDC. Au sein de son groupe parlementaire, il occupe aujourd’hui à peu près la même place que Philipp Müller au PLR.

En dépit de ce léger glissement à droite des présidents des partis du centre droit, ce sont cependant les forces de centre gauche qui s’imposent le plus fréquemment dans la nouvelle constellation parlementaire issue des élections de 2011.

* Michael Hermann dirige le centrede recherches sotomo de l’Université de Zurich