Le coronavirus est en train de mettre le système d’asile à genoux. Or, malgré la crise sanitaire, l’interdiction de grands rassemblements et la nécessité de tenir ses distances les uns par rapport aux autres, les centres fédéraux continuent pour le moment de tourner de manière quasi normale. Les appels à interrompre les procédures se multiplient, alors que plusieurs pays voisins – dont l’Allemagne et la France – ont déjà fait le pas. La question du logement est également extrêmement préoccupante, la plupart des centres étant dépourvus de l’espace nécessaire au respect des prescriptions de l’OFSP.

Des problèmes comme s’il en pleuvait

Le chaos est total, déplore Aldo Brina, porte-parole au Centre social protestant, l’une des plus grandes permanences juridiques pour réfugiés à Genève: «Les procédures continuent comme si de rien n’était, les requérants sont convoqués, traversent la Suisse en train alors que les juristes commis d’office ou certains traducteurs ne se rendent plus aux auditions. Des médecins sont par ailleurs mobilisés pour donner leur avis médical alors qu’ils ont bien d’autres choses à faire… Nous sommes choqués par l’immobilité du Conseil fédéral. Il faut tout arrêter.»

Dans un e-mail daté du 18 mars, le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) confirmait cependant aux milieux concernés «le maintien des auditions planifiées sur tous les sites du SEM, moyennant le strict respect des mesures prescrites par l’OFSP» – et à l’exception des cas concernant des personnes de plus de 65 ans ou immunodéficientes. Plusieurs témoignages font cependant état d’auditions tenues cette semaine en présence de requérants vulnérables – et sans protection juridique – alors que des décisions négatives nécessitant de très rapides recours (impossibles dans la situation actuelle) sont encore tombées ces derniers jours.

«Si on est tous malades, qui fera fonctionner les centres?»

La situation à l’intérieur des centres est également très préoccupante, pour les requérants comme pour le personnel. «Du matériel (masques avant tout) existe pour conduire les auditions; toutefois, les soignants et les agents de sécurité des centres sont livrés à eux-mêmes, témoigne une employée préférant conserver l’anonymat. Nous continuons de travailler d’arrache-pied pour faire tenir la structure, mais nous allons tous finir par tomber malades. Et qui fera fonctionner les centres à ce moment-là?» Un possible confinement général ne rassure pas davantage cette employée, qui rappelle que les centres fédéraux hébergent jusqu’à 350 personnes de cultures différentes, souffrant de problèmes de santé physiques et psychologiques et logées dans des conditions de grande promiscuité.

Lire aussi: La propagation serait-elle plus rapide en Suisse?

En raison du risque de propagation du coronavirus, le SEM a déclaré ce jeudi que la Suisse offrirait davantage de places aux requérants d’asile, notamment en rouvrant certains centres fermés en automne dernier. Plus de 4000 places devraient ainsi être disponibles «sous peu», a tenté de rassurer la vice-directrice du SEM, Cornelia Lüthy, cette semaine. Elle a précisé que si quelques cas de coronavirus avaient déjà été décelés à l’intérieur des structures du SEM, les personnes concernées avaient été isolées et les recommandations étaient respectées. Malgré les protestations des ONG, une porte-parole du SEM confirmait par ailleurs ce vendredi après-midi que «les auditions et les rapatriements continueraient d'être effectués, dans la mesure du possible et du justifiable».