L'hommage de Lausanne à Juan Antonio Samaranch aura été raté jusqu'au bout. Après la controverse sur la bourgeoisie d'honneur, des perturbateurs ont fait irruption jeudi soir lors de la cérémonie officielle de remise de la clé de la capitale olympique au président sortant du CIO. Cet incident a suscité une nouvelle polémique à Lausanne, dans un climat préélectoral déjà tendu.

Les trois membres radicaux de la Municipalité, minoritaires à l'exécutif, crient leur indignation, reprochant au syndic et au directeur de la police de ne pas avoir su éviter ce chahut, alors qu'ils étaient au courant, et d'avoir tardé à y mettre fin. «Ils sont en train de détruire l'image d'accueil de Lausanne, au moment où il faut assurer la succession de Samaranch et gagner l'agence mondiale antidopage», lance Olivier Français. Les minoritaires ont réclamé une réunion urgente de la Municipalité. Absent vendredi, le syndic Jean-Jacques Schilt n'a pas réagi officiellement.

Le syndicat CoMedia avait décidé de parasiter la cérémonie, afin d'attaquer François Carrard, le directeur du CIO, qui est aussi président du conseil d'administration des Presses Centrales de Lausanne S.A. Cette entreprise a quitté récemment la faîtière patronale suisse et le syndicat la soupçonne de vouloir se soustraire aux normes de la convention collective. C'est déjà une action de CoMedia aux Presses Centrales qui avait suscité il y a peu une intervention controversée de la police.

Jeudi soir, parc Mon-Repos, des syndicalistes ont d'abord manifesté hors de la fête, tenus à distance. Mais une seconde perturbation s'est produite au sein de la cérémonie, alors que celle-ci touchait à sa fin. Le syndicaliste Bruno Clément, présent dans la salle comme journaliste, s'est emparé du micro, et deux conseillères communales POP, faisant partie des invités officiels, déroulaient une banderole.

Le syndic socialiste et le directeur de police popiste Bernard Métraux se retrouvent à nouveau sur la sellette à cause du conflit entre CoMedia et les Presses centrales. Il y a trois mois, après avoir ordonné l'opération de police à l'imprimerie, ils avaient dû faire leur mea culpa auprès de leurs troupes, admettre leur «erreur politique». Cette fois, c'est la droite qui les prend à partie. Informé de la manifestation, le syndic avait cru pouvoir la désamorcer. Il a été convenu avec François Carrard que celui-ci n'y participerait pas. Cela n'a pas suffi. Le directeur de police croyait de son côté que «les manifestants resteraient à l'extérieur». Le municipal, qui a laborieusement obtenu le soutien de son parti pour un nouveau mandat municipal, admet qu'il s'agit d'un «beau gâchis», mais critique la droite, qui veut faire «monter la pression.»

Juan Antonio Samaranch a pris la chose avec philosophie. «Il en a déjà beaucoup encaissé et cette fois, il n'était pas la cible principale, relate François Carrard. Les membres du mouvement olympique qui sont réunis cette semaine à Lausanne sont en revanche moins familiers du «je t'aime moi non plus» qu'entretiennent la ville et le CIO. Ils n'ont pu être que choqués par cette manifestation lamentable relayée par les télévisions du monde entier.»