«Echec cuisant», «Défaite dramatique», le PS a commenté mardi en conférence de presse extraordinaire la perte de 7,2% de son électorat à Zurich. Pressée de redresser la barre, la direction du parti rencontrera les sections cantonales en mai. Pierre-Yves Maillard, vice-président du PS, souhaiterait que les élus s'engagent davantage. Ses explications.

Le Temps: La conférence de presse de mardi avait des airs de communication de crise. Le PS est-il en train d'en traverser une?

Pierre-Yves Maillard: Il vaut mieux prévenir que guérir. La direction du parti a décidé de saisir l'occasion de la défaite de dimanche pour provoquer un électrochoc et rappeler nos thèmes fondamentaux et nos valeurs. Pour mobiliser nos élus et nos militants.

- Ce n'était pas la meilleure façon de dédramatiser l'échec de Zurich...

- Je ne crois justement pas qu'il faille le dédramatiser. Au contraire. Nous n'avons pas perdu qu'à Zurich, mais aussi à Lucerne, Berne, Zoug et Bâle-Campagne. Avec cette conférence de presse, nous avons surtout voulu décomplexer les socialistes. Leur dire qu'ils ont tout entre les mains pour gagner.

- L'échec de dimanche montre que le PS doit plutôt faire face à ses faiblesses...

- C'est vrai. A Zurich, et plus généralement en Suisse alémanique, nous avons eu un problème de mobilisation. Si le PS veut se renforcer, il doit rappeler aux électeurs tout ce qu'il a pu obtenir en termes d'améliorations de leurs conditions de vie. Depuis quelques mois, les vrais problèmes des citoyens disparaissent sous les faits divers. Nous devons réagir. Nos élus doivent réinvestir le terrain médiatique. Nous avons vu lors de la campagne sur la caisse unique que là où nous nous étions battus, nous avons obtenu de bons scores. Ceux qui se sont faits discrets durant cette campagne, craignant l'échec, se sont complètement trompés dans leur approche.

- Vous parlez de socialistes?

- Je parle de tous ceux qui avaient des responsabilités dans cette campagne.

- Insinuez-vous que le PS manque de personnalités pour soutenir ses projets?

- Nous avons suffisamment de fortes personnalités. Mais elles manquent peut-être d'engagement au niveau de l'agenda du parti. Quand nous lançons une initiative ou faisons campagne pour une élection cantonale, il faut que nos élus arrivent à percer, dans les médias notamment. C'est là que nous avons besoin d'eux. Et je ne parle pas seulement des parlementaires, mais aussi de nos conseillers d'Etat et nos ministres.

- Cette mobilisation fait-elle défaut?

- Oui. Les socialistes sont trop timides quand il s'agit d'afficher leurs succès. Nous n'avons par exemple pas encore réussi à faire passer le message que c'est grâce au PS et à son combat contre la 11e révision de l'AVS que tous les retraités du pays ont vu leur rente indexée cette année.

- Le PS est sous le feu des critiques, mais curieusement on remet peu en cause la direction du parti. Le président, Hans-Jürg Fehr, par exemple. N'a-t-il pas sa part de responsabilité?

- On ne remet pas en cause Hans-Jürg Fehr tout simplement parce qu'il est remarquable. Il est exemplaire, constamment sur le pont, intelligent. Mais il ne peut forcément avoir toutes les qualités.

- Par exemple?

- Il est moins cogneur et charismatique que Peter Bodenmann. Des traits de caractère qui ont d'ailleurs aussi leur revers. Mais il ne faut pas tout attendre d'un président de parti. Lorsqu'on gagne dans un canton, personne ne dit que c'est grâce au président du parti suisse, alors quand on perd il faut aussi assumer. Un parti c'est plus qu'un président.

- Franco Cavalli affirmait la semaine dernière que votre président interdisait le débat interne...

- Nous menons de nombreux débats lors de chaque assemblée des délégués. En fait, ce sont les bourgeois qui sont en train d'endormir l'électorat en remettant à après les élections les projets qui polarisent sur les terrains économiques et sociaux. Des terrains où nous nous battons d'ordinaire. Les privatisations, l'âge de la retraite, le taux de conversion du 2e pilier, la levée de la liberté de contracter sont passés sous silence. Cela nous force à changer notre fusil d'épaule et être offensifs puisque les combats défensifs sont repoussés.

- Hans-Jürg Fehr insiste sur le fait que le PS reste le parti des travailleurs alors que tout le monde le soupçonne de s'embourgeoiser...

- Qui, à part le PS, défend les travailleurs lorsque la droite propose une réforme fiscale pour que celui qui gagne 100 francs grâce à ses actions ne paie des impôts que sur 60 francs, alors que les salariés continueront de payer plein pot? Personne. Nous sommes les seuls à défendre les milieux populaires et leur avenir économique. Et historiquement, notre parti a été créé pour cela. C'est bien de soutenir l'écologie, mais même si c'est le thème de campagne à la mode, il y en a d'autres que nous ne devons pas oublier. Le maintien des acquis sociaux par exemple.

- Le clivage Romand/Alémanique semble se creuser au PS?

- Il n'y a pas de clivage Suisse alémanique/Suisse romande et il n'y en a jamais eu. Mais il y a eu en Suisse et ailleurs la tentation sociale libérale. Or les résultats électoraux montrent partout qu'il ne sert à rien de noyer notre identité socialiste. Le PS ne doit pas devenir un parti bourgeois de plus.

- Ce débat a-t-il lieu à l'interne?

- Il a été mené et la base a tranché, comme le peuple, lors de nombreuses votations populaires. Il y a déjà assez de partis bourgeois.