Le Temps: Le rapport sur les coûts et avantages des transports dit que le trafic lourd couvre ses coûts. L'Astag en profite pour s'opposer à toute nouvelle hausse de la RPLP. Allez-vous y renoncer?

Moritz Leuenberger: Bien sûr que non. Cette hausse est prévue par contrat avec l'UE. Nous voulons poursuivre notre politique de transfert de la route vers le rail.

- Faudrait-il renégocier avec l'UE si l'on voulait y renoncer?

- Non, l'UE ne se presse pas tant au portillon pour obtenir cette hausse! Mais c'est nous qui ne voulons pas y renoncer pour poursuivre notre politique de transfert.

- Les NLFA constituent les piliers de cette politique de transfert. Or, entre le blocage du lot d'Erstfeld, les problèmes de température, les surcoûts, le Gothard paraît mal en point. Comptez-vous toujours l'ouvrir en 2016?

- Je l'espère. Mais c'est un ouvrage gigantesque et on ne peut jamais être à l'abri de surprises.

- L'UDC dit que vous avez perdu le contrôle des coûts et exige une nouvelle votation. Que répondez-vous?

- A quoi servirait un nouveau vote? En cas de non du peuple, que ferait-on d'un tunnel déjà construit aux deux tiers? On y tournerait des films de James Bond? Ou on y installerait une champignonnière? Ce n'est pas sérieux. Le point de non-retour est déjà atteint. Et le peuple s'est déjà prononcé positivement de nombreuses fois sur le sujet.

- L'UDC ne cesse pourtant de vous attaquer sur ce dossier.

- Bon, l'UDC a toujours été contre les NLFA. J'affirme que la structure du fonds de financement des projets ferroviaires empêche les coûts d'exploser. Nous avons toujours dit que des commandes supplémentaires et le renchérissement n'étaient pas inclus dans les crédits de départ. Nous avons eu quelques surprises géologiques, certains projets, comme la décision de construire deux tunnels au lieu d'un seul au Monte Ceneri, ont été modifiés. La seule véritable surprise est le blocage dans l'adjudication d'Erstfeld.

- Si l'argent prévu pour les NLFA ne suffit pas, que se passera-t-il?

- Nous pourrons réaliser tous les autres projets ferroviaires nécessaires, mais devrons peut-être fixer des priorités pour le calendrier de réalisation.

- Par exemple la deuxième étape de Rail 2000, qui permettrait notamment de fluidifier le trafic ferroviaire autour de Lausanne, Berne, Zurich et en Valais?

- C'est une possibilité. Nous allons faire le point en fin d'année sur tout ce qu'il est encore prévu de financer avec le fonds. Il n'est pas exclu que certains projets doivent patienter un peu.

- La construction de tunnels est un grand risque politique en Suisse. Roger Bonvin, avec la Furka, Leon Schlumpf, avec la Vereina, Adolf Ogi, avec la première variante des NLFA, en ont fait l'expérience. Etes-vous à votre tour dans une posture délicate?

- Je vous répondrai en rappelant qu'on a tiré les enseignements de l'affaire de la Furka pour tous les projets qui sont venus après. C'est pour cela que nous avons choisi la solution du fonds. Et il fait l'objet d'un contrôle permanent. Les mécanismes sont installés, peu importe qui dirige le département.