Qui se cache derrière le «cerveau» du rapt Lagonico? Une véritable «boule de souffrance». C'est en tout cas l'image que l'aumônier donne aujourd'hui de Christian Pidoux. Au travers des liens tissés avec lui en prison, le pasteur a évoqué mardi devant le Tribunal correctionnel de Lausanne le problème de l'adoption et des mauvaises relations avec son père Philippe. Loin des événements, c'est aussi un portrait bien différent que la défense dessine de ses comparses Katia Pastori et Pascal Schumacher.

«J'aimerais porter des marques au visage. Avoir du sang qui coule des yeux. Si seulement les stigmates du cœur étaient visibles.» Cette phrase, écrite derrière les barreaux par Christian Pidoux, a beaucoup impressionné le pasteur Georges Favez. L'aumônier avait gardé le souvenir d'un jeune homme «parfaitement insupportable», qu'il avait déjà découvert en détention en 1992. Quand il le retrouve, après les événements de 1998, il est donc ému de le voir à ce moment-là exprimer sa douleur de manière poignante.

«Je l'ai retrouvé très mal, démoli. Je lui ai demandé de rédiger le récit de sa vie, et il s'est mis à dire des choses comme jamais avant», explique le pasteur aux juges. «Il y a le Christian Pidoux qui dresse ses piquants: mégalomaniaque, mythomane et agressif. Il est capable de monter des projets impensables et d'y faire croire tout le monde, comme de dire des choses terribles, mais d'une manière tout à fait convaincante.»

Mais en réalité, pour le pasteur, Christian Pidoux met toujours en avant «la souffrance de son adoption». Georges Favez est de même convaincu qu'il a dû vivre quelque chose de terrible avant, en Colombie. «La problématique de l'abandon, chez lui c'est quelque chose de monumental.» Puis, surtout, il y a ses relations «complètement fermées» avec son père adoptif, Philippe Pidoux. «C'est ahurissant. Il faudrait un glossaire pour que les deux puissent parler la même langue.»

Face à son père et aux autres, l'aîné a horriblement peur qu'on lui reproche un échec. «Alors il l'évite, il fait de l'auto-sabotage», analyse l'aumônier. Malgré cela, en prison, Christian Pidoux a toujours demandé à voir ses parents. «Il espérait renouer le contact, dissiper quelque chose.» Ne pouvant supporter le poids de ce procès, sa mère est aujourd'hui à l'étranger, malade, et le père ne se trouve plus dans les rangs du public. «Je suis convaincu qu'ils aiment Christian. Mais le drame, c'est qu'on aime les gens à notre manière à nous.»

Au pasteur, Christian Pidoux parle des deux seules personnes qui l'ont aimé: son grand-père et… Carmela Lagonico. Faire du mal à cette dernière apparaît comme inconcevable. Alors comment interpréter ce qui s'est passé? «Je vois cela comme une forme de suicide», avance Georges Favez. Le suicide, Christian l'a d'ailleurs évoqué. «Au stade où il en est, il présente beaucoup de risques.» Il a d'ailleurs remis ses dernières volontés à Georges Favez. L'intéressé baisse la tête. L'aumônier lance alors: «Pour cela, je compte bien l'engueuler.»

Aux côtés de Christian Pidoux, Katia Pastori, elle aussi, a été présentée sous son côté fragile. Selon le rapport de la prison, elle sait se montrer déterminée quand elle veut quelque chose et ne l'obtient pas. Aux yeux du psychiatre toutefois, la jeune femme présente une immaturité affective, avec une tendance à dépendre de la relation et de son besoin de ne pas être abandonnée. L'insatisfaction a ainsi pu l'amener à commettre ce que ses comparses lui ont demandé, d'après l'expert, qui estime sa responsabilité légèrement diminuée.

Discrète, Katia prend tout sur elle, sans impliquer la faute des autres. «Elle a tendance à se dénigrer, à se dévaloriser. Elle est pleine d'amour pour tout le monde, est honnête dans ses sentiments, mais a dû se faire avoir par beaucoup de garçons. Au niveau affectif, je ne l'ai jamais vue heureuse», dit son thérapeute.

Aux troubles psychiques viennent s'ajouter de sérieux problèmes de santé physique. Devant la Cour et le public mal à l'aise, son chirurgien évoque en détail l'importante colopathie, ainsi que les problèmes de foie dont elle souffre. La jeune femme a dû se faire enlever les deux tiers du gros intestin. Le mal persistant, il faudra peut-être enlever plus. D'après le médecin, ces maux ont aussi pu provoquer des troubles psychiques certains chez Katia Pastori.

De son côté, Pascal Schumacher s'est montré sous un côté altruiste. «Je me suis rendu compte de la gravité de l'horrible histoire à laquelle j'ai été associé quand les gendarmes m'ont expliqué les faits. Je ne sais pas comment je vais me remettre et réparer ça.» Plusieurs témoins louent les actions bénévoles qu'il a entreprises. A demi-mot, lui-même évoque ses versements anonymes en faveur d'une fondation chère à Carmela Lagonico. «Je ne voulais pas en parler, mais c'est mon avocat qui m'y a obligé.»Le procès se poursuit aujourd'hui.