La course au Conseil d’Etat s’anime sérieusement chez les socialistes vaudois. La conseillère nationale Cesla Amarelle annonce ce matin à Yverdon, son fief, qu’elle briguera l’investiture du parti pour les élections cantonales du printemps prochain.

Elle est la troisième candidate à se lancer pour succéder à Anne-Catherine Lyon, après la syndique d’Avenches, Roxanne Meyer Keller, et la Nyonnaise Fabienne Freymond Cantone. Le parti se prononcera le 14 janvier et ne soutiendra que l'un des trois noms, ses conseillers d’Etat actuels Pierre-Yves Maillard et Nuria Gorrite étant déjà candidats à leur propre succession. Son but: conserver la majorité de gauche au gouvernement. La candidate la plus susceptible de glaner des voix hors de son parti sera sélectionnée.   

Poids lourd du PS vaudois

A 43 ans, Cesla Amarelle est considérée comme un poids lourd du PS vaudois, avec un curriculum impeccablement militant. Née à Montevideo, Uruguay, dans une famille ancrée à gauche (son prénom veut dire «Communauté des Etats socialistes latino-américains»), elle est au PS depuis l’an 2000, après avoir présidé la Fédération des associations d’étudiants de l’Université de Lausanne. Elle a été élue au Conseil national en 2011 et enseigne notamment le droit des migrations à l’Université de Neuchâtel.

Malgré ce pedigree, elle semble aussi susciter de solides inimitiés au sein de son parti. Par exemple chez Géraldine Savary, également conseillère nationale, qui a renoncé à se présenter pour le Conseil d’Etat. Elle a taclé Cesla Amarelle, sans la nommer, dans un entretien que nous publiions hier, expliquant que le PS n’avait besoin ni d’universitaires, ni de parlementaires pour conserver son troisième siège au gouvernement cantonal.

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Cesla Amarelle peut aussi se sentir visée par de récents propos de Pierre-Yves Maillard contre les «élites» et leur surreprésentation alléguée au sein du PS vaudois. 

«J'ai en charge des dossiers comme l'asile ou le 9 février sur lesquels j’ai obtenu des résultats quand bien même ceux-ci ne font pas toujours l’unanimité. C’est normal en politique», s'explique Cesla Amarelle. «J'ai grandi et je vis dans le Nord vaudois, une des régions avec une forte tradition industrielle et ouvrière. J’ai une formation mais ce qui compte en politique ce sont les actes. Et je crois en avoir à mon actif». Aux critiques de certains du parti qui relèvent ses bas scores aux dernières élections fédérales, elle répond qu'elle a été d’une part bien élue pour une non-lausannoise et que, d’autre part, elle a progressé dans ses suffrages entre 2011 et 2015.

Dans une longue lettre adressée à ses camarades socialistes, Cesla Amarelle se dit pourtant forte de «nombreux soutiens», à commencer par ceux de sa section du Nord vaudois. «C’est portée par cet élan collectif que je me lance», affirme-t-elle. Cesla Amarelle dit vouloir poursuivre la politique de «compromis dynamique» du gouvernement vaudois, en mettant l'accent sur la redistribution des fruits de la croissance aux ménages et pour les services publics, sur l'intégration des étrangers et le maintien d'une place industrielle forte dans le canton. 

Son expérience politique et son profil en font une «candidature forte, sérieuse et crédible», a déclaré Natacha Ribeaud Eddhabi, présidente du PS yverdonnois. «C'est une femme d'engagement, une travailleuse acharnée, une femme de conviction qui recherche le meilleur compromis possible.» En résumé, la «candidate idéale» qui a l'«envergure» et «les épaules» pour le Conseil d'Etat. Et qui permettrait de représenter le Nord vaudois au gouvernement, dont il est absent depuis plus de vingt ans.

Pierre Dessemontet, vice-président de la section régionale Jura-Nord vaudois avance un élément qui permet de comprendre la méfiance des ténors socialistes à son égard. «Elle a toujours fortement marqué les endroits où elle a été et prend énormément de place là où elle est. Mais le soutien des militants du parti, elle l'a, et c'est ce qui pèsera au congrès de janvier».  

La première confrontation entre les trois candidates déclarées aura lieu samedi: le PS vaudois doit discuter de son programme lors d'un congrès à Aigle.