Vaud

Cesla Amarelle, un soutien explicite de la base du parti

Au congrès socialiste de samedi, il n’aura fallu qu’un tour à la conseillère nationale Cesla Amarelle pour être élue candidate au Conseil d’Etat vaudois. Mais jusqu’au dernier moment, un petit groupe de personnes haut placé dans le parti a tenté de lui barrer la route

Elle a combattu l’opposition et a vaincu. La conseillère nationale socialiste Cesla Amarelle figure sur le ticket rose-vert aux côtés de Pierre-Yves Maillard, de Nuria Gorrite et de l’écologiste Béatrice Métraux dans la course au Conseil d’Etat vaudois. «Je salue l’extrême fair-play de Fabienne Freymond Cantone et de Roxanne Meyer Keller», a déclaré la gagnante quelques minutes après son élection qui la plaçait favorite avec 58% des voix. «Je vais mettre toute mon intelligence pour être au niveau dans cette aventure que nous allons gagner», a-t-elle annoncé en référence aux élections cantonales dont le premier tour se tiendra le 30 avril.

Elue au premier tour

Un seul tour aura été nécessaire à l’Yverdonnoise de 43 ans pour être élue en interne. Sur 462 bulletins valables, 268 portaient son nom. 121 voix ont soutenu la Nyonnaise Fabienne Freymond Cantone et Roxanne Meyer Keller n’a obtenu que 73 d’entre elles. «Une légitimité indiscutable», tweete le conseiller national Jean-Christophe Schwaab. «Cela facilitera la suite de la campagne», admet l’un des proches de Cesla Amarelle. «Passer au premier tour, c’est garantir que le reste de la gauche se rangera derrière elle. La base du parti est extrêmement forte: elle n’aime pas qu’on lui dise que voter».

Le soutien est clair. Mais le résultat était encore incertain samedi en début d’après-midi, comme en témoignaient certains délégués qui ne savaient pas encore pour qui ils allaient voter. La veille au soir, l’ancienne syndique de Lausanne Yvette Jaggi recevait un coup de téléphone inhabituel. Son actuel homologue Grégoire Junod l’appelait pour connaître ses intentions de vote, tandis qu’il se préparait à apporter son soutien devant le congrès à Fabienne Freymond Cantone. «Je faisais partie de sa liste de personnes à appeler. Il comptait sur le fait que j’appuie quelqu’un d’autre», divulgue Yvette Jaggi, soulagée que Cesla Amarelle soit passée, comme elle l’espérait, au premier tour. «Cela efface les diverses manœuvres qui m’ont désagréablement surprise».

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«Les compétences sans la confiance, ce n’est rien!»

À la tribune, samedi, la conseillère nationale Ada Marra s’est également affichée en soutien à la candidate nyonnaise. «La seule question que je me pose est la suivante: à qui aurai-je envie de confier le département de l’école? La réponse est évidente, à Fabienne Freymond Cantone. Fabienne, tu es une personne forte et humaine», a-t-elle lancé en ajoutant que «les compétences sans la confiance, ce n’est rien!»

Le conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard, lui, s’est défait de tout appui à Roxanne Meyer Keller. «Mon appel à la diversité a immédiatement été réduit à un soutien à l’une de nos excellentes candidates. Comme cela, on pouvait d’emblée la disqualifier!», a-t-il glissé dans son discours. Mais lors de l’annonce de ses maigres résultats, la syndique d’Avenches fond en larmes et se précipite à ses côtés.

L’ancienne conseillère nationale socialiste Marlyse Dormond, dans son soutien à Cesla Amarelle a décrit «une personne généreuse, qui sait écouter et décider, avec qui il fait bon travailler». À quoi elle a ajouté qu’il ne fallait pas oublier de penser à la relève de ces prochaines années. En effet, Pierre-Yves Maillard a obtenu une dérogation pour se présenter à un quatrième mandat en 2017, qui sera assurément son dernier.

Les deux «locomotives» réélus à l’unanimité

«Camarades, aujourd’hui, vous devrez faire un choix important: celui d’une colistière qui nous aidera à conserver la majorité de gauche au Conseil d’Etat», a rappelé Stéphane Montangero, le président du parti vaudois. «La candidate pourra compter sur les locomotives que sont Nuria et Pierre-Yves».

Les deux conseillers d’Etat sortants Pierre-Yves Maillard et Nuria Gorrite ont d’ailleurs été réélus par les délégués à l’unanimité. Seule une dizaine de représentants de la Jeunesse socialiste se sont abstenus. L’élection des deux sortants s’est déroulée à main levée, et a été suivie par une acclamation. La troisième ministre socialiste sortante, Anne-Catherine Lyon, n’était pas présente au congrès.


Cesla Amarelle: «Je me réjouis de la clarté du résultat»

Le Temps: La netteté du résultat de votre élection surprend. A-t-on surinterprété les forces contraires?

Cesla Amarelle: Devant un congrès de cinq cents délégués il est légitime de s’interroger sur l’issue du vote. Une telle mobilisation ne s’était plus vue depuis 1997 (élection cantonale générale avec un ticket socialiste à trois: Francine Jeanprêtre, Pierre-Yves Maillard, Jean Jacques Schwaab). Cela prouve qu’il y avait une décision importante à prendre. Je me réjouis de la clarté du résultat et de l’unité de mon parti.

– Comment avez-vous ressenti les soutiens de Grégoire Junod et d’Ada Marra à vos concurrentes?

- (Rires) Tout le monde était libre de soutenir la candidate de son choix. Je me félicite de la qualité de nos débats internes et des échanges avec Fabienne Freymond Cantone et Roxanne Meyer Keller.

– Personnellement, comment avez-vous vécu cette primaire interne?

– J’ai profité de mon passage au sein des régionales de mon parti pour renforcer certains liens et prendre le pouls chez les militants. Je les ai sentis attentifs et mobilisés, en cette période source d’interrogations face à l’actualité étrangère. J’ai été confrontée à des questionnements, notamment sur l’avenir de l’école et sur les façons d’empêcher les personnes d’un certain âge de rejoindre l’UDC. J’ai répondu en avançant la nécessité de renforcer l’AVS et les prestations complémentaires. Sous l’impulsion de Pierre-Yves Maillard, le Canton de Vaud a développé une politique active de soutien aux seniors qu’il s’agit de continuer à approfondir.

– Sur le dossier de l’école, le reproche majeur fait à Anne-Catherine Lyon était celui de garder sa porte fermée face aux enseignants mécontents. Or vous n’êtes pas connue pour être plus accessible. Pouvez-vous promettre aux enseignants que vous les écouterez?

– Je suis candidate au Conseil d’Etat et il ne m’appartient pas de prévoir le futur. Si les électeurs vaudois devaient m’accorder leur confiance, il est évident que j’aurai, comme je le fais depuis toujours, un souci constant d’être accessible et proche du terrain. C’est évident. Je suis proche de la base militante socialiste, qui comporte beaucoup d’enseignants, tout comme je le suis de la population. Le pouvoir ne doit jamais se verrouiller si l’on veut que nos décisions soient en lien avec les besoins et soucis concrets de la population.

– Comment vous positionnez-vous sur le dossier fédéral de la RIE3? Le parti socialiste vaudois après avoir massivement soutenu la réforme au niveau cantonal rejette la votation au niveau fédéral. Le Conseil d’Etat, par contre, la soutient.

– Je suis opposée à la RIE3 telle qu’elle nous l’est proposée au niveau fédéral. Les contre-prestations que nous avons obtenues au niveau cantonal n’y existent pas. C’est inacceptable. Le programme d’économie massif du programme de la Confédération est contraire à ce que nous proposions dans la réforme vaudoise.

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