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Amandine De Dea, assistante en soins en EMS, Lausanne, 23 mars 2018.
© Eddy Mottaz

Vieillesse

«Pourquoi je cesse de travailler en EMS»

Le traitement «révoltant» des personnes âgées dans les établissements médico-sociaux vaudois a poussé une assistante en soins à démissionner. Elle dénonce aujourd’hui le manque d’égards et la maltraitance que vivent les pensionnaires de ces institutions

Amandine De Dea est assistante en soins. Cette jeune femme de 30 ans a travaillé dans sept différents EMS vaudois au cours des dix dernières années. Lorsqu’elle a rendu son tablier il y a quelques semaines, c’est parce que quelque chose s’était brisé. Cette fois, elle a renoncé à retenter l’expérience en espérant qu’ailleurs, ce serait mieux.

L'article qui suit est issu d'un témoignage individuel, basé sur une expérience personnelle. A ce titre, il nous a paru suffisamment fort pour être publié. 

«Lors de ma formation en école de soins et santé communautaire, nous étions toutes tellement motivées à travailler avec les personnes âgées et, aujourd’hui, la majorité d’entre nous a changé de voie. Pas que nous ne les aimions plus, bien au contraire, mais il existe un réel problème avec le traitement de cette population», commence Amandine. 

Le problème, connu de tous, tient à l’insuffisance d’effectif. De là découlent le manque de temps pour effectuer les soins et autres tâches, l’épuisement des équipes soignantes et la rancœur qu’elles en retirent. Amandine De Dea dénonce les attitudes «négligentes, brusques et amères» envers les résidents des EMS, «le manque d’égards général et la manière dont se déroulent l’habillement, la toilette et les repas, dans l’empressement». «Il me semble impossible de garder l’amour de son métier dans ces conditions», regrette-t-elle.

Pas même bonjour

Amandine est traumatisée par la «déshumanisation» des personnes âgées. «Comme tout est une question de temps, mieux vaut faire à leur place que de les stimuler», regrette-t-elle. Amandine a vu des soignants réveiller des personnes âgées en allumant la lumière et en tirant leur duvet, sans dire un mot, pas même bonjour.

Les personnes s’excusent d’avoir besoin d’aller aux toilettes, elles ont l’impression de déranger en restant en vie

Amandine De Dea

Face au refus de prendre leurs médicaments, certains résidents se sont vu boucher le nez afin d’être obligés d’ouvrir la bouche. Elle a aussi assisté à des cas de contention médicamenteuse: les pensionnaires trop actifs se faisaient administrer des calmants pour soulager l’équipe, qui n’avait pas le temps de prendre soin d’eux. Dans chaque service, à chaque étage, les pensionnaires qui demandent le plus de soins sont couchés dès 16h jusqu’à 9h ou 10h le lendemain matin, et «oubliés» durant dix-sept heures.

Le soir, Amandine avait dix minutes pour coucher un patient. Combien de fois a-t-elle vu ses collègues «jeter le résident sur son lit et le déshabiller en retirant d’un seul geste pull, chemise et dessous d’une manière brusque», les mettre au lit sans prendre soin de leur laver les dents, ni même de changer leur couche? Elle ne compte plus. «Un jour, on s’est moqué de moi car j’ai voulu rincer la bouche d’une personne qui n’avait plus de dents.»

Maltraitance orale

La maltraitance orale fait partie des choses qui l’ont le plus marquée. «Face aux remarques dégradantes et insécurisantes, les personnes âgées se font toutes petites. Elles s’excusent d’avoir besoin d’aller aux toilettes, elles ont l’impression de déranger en restant en vie. Lorsque j’ai pris vingt minutes pour faire manger une résidente, on m’a reproché de passer trop de temps avec elle et on m’a fait cette remarque: «Tu penses que tu vas la ressusciter?»

Ces institutions ne sont pas pensées pour mettre les pensionnaires au centre, affirme Amandine, leurs structures écrasent la personne âgée. Tout est fait pour que le bon déroulement du planning ne soit pas entravé.

Amandine ne cherche pas à dénoncer un établissement en particulier, «même si certains sont particulièrement choquants». «Je préfère dénoncer les dérives générales que j’ai rencontrées dans les lieux où j’ai travaillé, et je peux assurer que chacun d’entre eux manquait d’humanité.»

La jeune femme pense que l’avenir pour les personnes âgées se fera dans de petites structures, de 5 à 10 lits. Aujourd’hui elle part, déçue, mais continue à le dire: «J’aime le sens de mon métier.»


«Lorsqu’ils arrivent en EMS, les résidents sont beaucoup moins autonomes qu’avant»

Le secrétaire général de l’Association vaudoise d’établissements médico-sociaux, François Sénéchaud, réagit au témoignage d’Amandine De Dea.

Le manque de temps auprès des patients et les traitements «déshumanisants» dénoncés par Amandine De Dea semblent provenir d’un problème d’effectif dans les EMS. En êtes-vous conscient?

Les effectifs sont limités, certes, mais ils sont fixés par la loi et respectés dans les EMS. Le terme «déshumaniser» est extrêmement fort comme affirmation et ne pas doit être utilisé à la légère.

Dix minutes pour coucher chaque patient, parfois sans leur brosser les dents ni leur changer la couche, c’est alarmant?

Je ne pense pas que cela corresponde à la réalité de ce que l’on vit dans les EMS. Un tel traitement devrait être signalé en déposant plainte. Or nous ne sommes pas au courant de pareilles allégations.

Des pensionnaires «trop agités» à qui l’on donne des sédatifs, d’autres que l’on couche en milieu d’après-midi, toujours par manque de temps et d’effectif, est-ce tolérable?

L’accusation de contention médicamenteuse est grave. Par contraste, de nombreux EMS ont élargi leurs horaires, pour pouvoir accompagner les résidents au-delà du repas du soir et leur proposer notamment des animations. De plus, la nouvelle directive dotation adoptée en 2014 a augmenté le nombre de veilleuses de nuit en EMS. Le Contrôle interdisciplinaire des visites en établissements sanitaires et sociaux (CIVESS) veille à l’application de ces mesures obligatoires.

En dix ans, qu’est-ce qui a changé dans les EMS vaudois?

Le profil du résident n’est plus le même. Au niveau suisse, les cantons de Vaud et de Genève sont ceux qui maintiennent le plus longtemps les gens à domicile. Lorsqu’ils arrivent en EMS, les résidents sont beaucoup moins autonomes qu’avant. Le changement principal est lié à leur état de santé, plus qu’à la dotation de personnel, car il n’y a pas moins de personnel par patients aujourd’hui qu’auparavant. Dans le même temps, les EMS ont diversifié leurs prestations. Ainsi, aujourd’hui, 50% des bénéficiaires de nos services ne sont pas résidents en EMS. C’est sans doute une des clés pour le futur, qui verra la palette des prestations continuer à s’élargir, combinée avec la réversibilité de certaines pathologies. L’augmentation du nombre d’EMS ne sera ainsi pas forcément proportionnelle au vieillissement de la population.

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