Le Temps: Pourquoi vous opposez-vous à l'abaissement du droit de vote à 16 ans?

Gabrielle Bourguet: C'est clairement trop jeune. A cet âge, les filles et les garçons viennent de sortir de l'école, ils ont peu d'expérience de la vie. Leur première responsabilité est de choisir une formation, puis de s'installer durablement dans celle-ci. Je note ensuite que les jeunes de 16ans ne revendiquent pas ce droit. Cette proposition émane d'un mouvement où l'on affirme que les enfants grandissent plus vite, que les jeunes mûrissent plus vite, alors que dans les faits, on s'aperçoit qu'ils entrent toujours plus tardivement dans la vie active et qu'ils restent plus longtemps qu'autrefois à la maison.

- A cet âge, certains individus endossent pourtant déjà de nombreuses responsabilités. Ils travaillent, paient des impôts. En outre, ils ont leur majorité sur les plans sexuel, religieux. Ne serait-ce pas normal qu'ils l'aient aussi au niveau politique?

- Si des jeunes assument, il est vrai, déjà quelques responsabilités, il en est d'autres pour lesquels ce n'est pas le cas. Cette motion de la Jeunesse socialiste crée des décalages. Les individus de 16 ans pourraient voter, alors qu'ils n'auraient pas encore leur majorité civile. En outre, ils n'auraient pas le droit d'éligibilité, ni celui de s'exprimer au niveau fédéral. Ce ne serait pas très logique de leur octroyer un droit civique restreint.

- Le Conseil d'Etat estime que cela assurerait une meilleure transition entre le cours d'éducation à la citoyenneté, dispensé en fin de scolarité, et la pratique, juste après l'école. Un argument pertinent, non?

- Je ne trouve pas. Aucun cours ne procurera jamais la maturité nécessaire à l'exercice des droits civiques. Il est nécessaire d'avoir une certaine expérience de la vie pour pratiquer le droit de vote, qui est une grande responsabilité.

- A 37 ans, vous êtes l'une des députées les plus jeunes du Grand Conseil fribourgeois. N'avez-vous pas peur, par votre position, de passer pour une réactionnaire?

- Non, absolument pas. Personnellement, je fais de la politique - d'ailleurs depuis l'âge de 16 ans - pour consolider le bien public. Et non pas pour défendre une cause à la mode. Or imposer aux jeunes une nouvelle responsabilité qu'ils ne demandent pas semble être à la mode.