Genève

«C’est ubuesque!»: les réactions courroucées de députés aux décisions du Conseil d’Etat

Les élus jugent sévèrement la décision du Conseil d’Etat genevois et de ne pas retirer au ministre PLR la responsabilité de la police, du dossier de l’aéroport, voire de la présidence

La décision ciselée du Conseil d’Etat concernant Pierre Maudet déplaît à plusieurs élus au Grand Conseil genevois. Ils soulignent le manque de courage du collège et de Pierre Maudet, qui aurait dû prendre les devants et se dessaisir pour le moins de la Sécurité, du dossier de l’aéroport, voire de la présidence. Or, à la suite des annonces attendues du Conseil d’Etat ce mercredi, le PLR reste le responsable de la police. Ce sera par contre son suppléant Mauro Poggia qui sera désormais l’interlocuteur du Ministère public. Il conserve également une série de prérogatives de président du gouvernement (relations avec les communes, avec Berne, la Genève internationale et le dossier du Grand Genève) mais cède au vice-président, actuellement Antonio Hodgers, notamment les relations avec le parlement cantonal. Réactions, en attendant une intervention personnelle que Pierre Maudet a plusieurs fois annoncée comme imminente ce mercredi en conférence de presse.

Thomas Wenger, député et chef du groupe socialiste: «Je déplore que Pierre Maudet lui-même, dans le sens de l’intérêt général, n’ait pas eu la décence de se dessaisir de la police, du dossier de l’aéroport et de la présidence. La Conseil d’Etat n’a pas pris la mesure de la grave crise institutionnelle que traverse le canton. Pour le Parti socialiste, il n’est pas concevable que Pierre Maudet reste président du Conseil d’Etat, le responsable hiérarchique de la police et qu’il conserve le dossier de l’aéroport. C’est un réel manque de courage politique de la part de Pierre Maudet comme du Conseil d’Etat. C’est ubuesque, c’est absurde! Dans les rapports avec les communes genevoises et avec Berne, ce sera le président qui représentera Genève, alors que la représentation auprès du Grand Conseil sera assurée par le vice-président, c’est incompréhensible. Il est urgent que Pierre Maudet communique à titre personnel sur l’ensemble des faits, documents à l’appui, en toute transparence. Tant que ce ne sera pas fait, il ne pourra pas exercer ses fonctions, selon nous.»

François Baertschi, député et secrétaire général du MCG: «L’attitude de Pierre Maudet et du Conseil d’Etat est ahurissante. Le conseiller d’Etat fait preuve d’arrogance. Il devrait se comporter comme le simple justiciable qu’il est et donner toutes les garanties pour qu’aucune pression ne soit exercée sur les enquêteurs qui travaillent sur son dossier. Il faut installer une véritable étanchéité entre la police et lui, ce qui n’a pas été fait. On en est même loin. Le magistrat est dans le déni. Il aurait dû prendre ses distances au début de l’été déjà. Il est en train de s’enfoncer. Les dispositions concernant la présidence me conviennent, par contre.»

Thomas Bläsi, député et chef de groupe UDC: «Le Conseil d’Etat a décidé d’être solidaire de Pierre Maudet, comme depuis le début de ce dossier. Mais a-t-il pour autant appliqué un principe de précaution par rapport aux institutions? Il a pris les mesures les plus minimes envers Pierre Maudet. Et selon l’évolution du dossier, cela pourrait se révéler pas assez prudent.»

Mathias Buschbeck, député et chef du groupe Vert: «Le Conseil d’Etat a retiré le strict minimum à Pierre Maudet pour assurer la sérénité de notre gouvernement. C’est aujourd’hui à Pierre Maudet de démontrer qu’il a dit la stricte vérité, faute de quoi il devra se demander si sa place est toujours au Conseil d’Etat.»

Jean Batou, député Ensemble à gauche: «Après lecture du communiqué du Conseil d’Etat, il apparaît que le collège gouvernemental fait preuve d’une totale absence de réalisme, pour ne pas parler de couardise. Monsieur Maudet reste donc responsable de la police, à l’exception de l’IGS, mais aussi d’aspects essentiels de la présidence: surveillance des communes, affaires extérieures et promotion économique. Face à la totale absence de courage du Conseil d’Etat, Ensemble à gauche en appelle au PLR pour qu’il demande formellement à son magistrat de démissionner. Plus il agira rapidement, mieux cela vaudra pour Genève.»

Alexandre de Senarclens, député et président du PLR genevois: «Je salue le fait que le Conseil d’Etat a pris une décision organisationnelle. Le gouvernement a pris ses responsabilités. L’essentiel des attributions de Pierre Maudet sont maintenues. En prenant ces dispositions, le Conseil d’Etat avait conscience que cette situation pouvait durer. La situation n’en reste pas moins compliquée du point de vue institutionnel. Elle doit se résoudre le plus rapidement possible.»

La PDC nous a fait savoir qu’il se réunit ce soir notamment pour débattre des annonces du Conseil d’Etat et qu’il prévoit de prendre une position officielle une fois que Pierre Maudet se sera exprimé.

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