Pas de trêve estivale dans la campagne menant à la votation neuchâteloise du 23 septembre sur le projet de RER-Transrun, nécessitant un investissement de 919 millions dont 560 à charge du canton et des communes. Réunis dans l’association « Transrun-non », les adversaires sortent du bois. « Nous ne pouvons pas faire confiance à un gouvernement qui nous dit : votez la dépense d’abord, on vous dira après où on ira chercher ces mille millions de francs », s’est exclamé le président Bernard Schumacher, vendredi à Cernier. Les arguments du leader des opposants, le député UDC de La Brévine Raymond Clottu.

Le Temps : Pourquoi n’intervenir qu’à deux mois de la votation, alors que la campagne est déjà très avancée ?

Raymond Clottu : Nous avons attendu la décision du Grand Conseil, à fin juin, et vérifié l’état des finances du canton. Les perspectives sont catastrophiques. La situation ne permet pas d’investir dans un projet pharaonique. Par ailleurs, dans ses débats qui sont en fait de la propagande, le Conseil d’Etat n’a jamais convié d’opposant.

- Qui compose votre association, les seuls députés opposés au projet ?

- Notre association est apolitique. Nous avons dans nos rangs des représentants de tout le canton, du Haut et du Bas, des ouvriers comme des industriels.

- On s’attendait à voir Yvan Perrin en première ligne, et c’est vous...

- Comme député et membre de la CGF, j’ai une parfaite conscience des enjeux. Mais Yvan Perrin est bien là, avec nous.

- Sur le fond, pourquoi vous opposer, alors que vous estimez que le projet est bon ?

- Nous ne nous opposons pas au RER, mais au Transrun, qui est un magnifique cadeau offert aux CFF. Si nous avions les moyens, pourquoi pas! Mais nous n’avons pas le premier franc à investir. On ne peut pas plomber le canton pour les trente prochaines années.

- Le projet est assorti d’un programme de remboursement sur 25 ans, avec une exigence d’équilibre budgétaire. N’est-ce pas suffisant ?

- Pour réaliser l’équilibre financier, si on construit le Transrun, les économies ne suffiront pas. Il faudra augmenter les impôts, qui pèseront avant tout sur la classe moyenne, les plus riches seront partis. Contrairement à ce qu’affirment les partisans, c’est un leurre de croire que le Transrun va créer de la richesse.

- Le professeur Jeanrenaud affirme que pour un franc investi dans le RER-Transrun, le rendement sera de 1fr20. Cette perspective ne vaut-elle pas la peine d’être tentée ?

- Il a dû changer son fusil d’épaule, sous la pression du Conseil d’Etat. N’a-t-il pas écrit dans un rapport qu’il ne sera pas soutenable d’équilibrer le budget. Ou alors, il ne faut pas qu’une crise économique survienne d’ici à 2047!

- N’est-il pas temps de prendre quelques risques, pour sortir de la torpeur neuchâteloise ?

- Les partisans du Transrun parlent de torpeur. C’est comme lors du vote sur l’Espace économique européen. On nous prédisait le pire, c’est l’inverse qui s’est produit. Ce dont Neuchâtel a besoin, aujourd’hui, c’est de finances saines, d’achèvement des investissements déjà consentis, notamment pour Microcity, et d’une fiscalité attrayante. Sans s’éparpiller. Une fois notre situation assainie, on pourra imaginer un RER light. Qui sait ce que demandera la mobilité dans 25-30 ans ?