Justice

«C’est comme un puzzle qui fait apparaître l’image de l’assassin»

A Genève, le Ministère public a requis la perpétuité contre le chauffeur de taxi éthiopien jugé pour le meurtre de la petite Semhar. Une mesure d’internement ordinaire a également été demandée pour prévenir le risque de violences sexuelles

En sept jours d’audience, il a porté six paires de chaussures différentes. Kaleb, de son prénom d’emprunt, a le souci des apparences. Le prévenu est aussi un maniaque de l’ordre et de la propreté. A tel point que ses geôliers trouvent cela plutôt suspect. Aux yeux du procureur Joël Schwarzentrub, ce chauffeur de taxi éthiopien est surtout un menteur, un violent, un violeur et un assassin d’enfant.

Pour sanctionner «l’indicible», la mise à mort de la petite Semhar, le Ministère public a requis une peine privative de liberté à vie. Il a également sollicité une mesure d’internement ordinaire destinée à neutraliser le potentiel élevé de récidive attribué à ce quadragénaire.

«La culpabilité transpire du dossier»

Moins de deux heures pour soutenir «l’acte d’accusation de l’horreur». A l’intention du Tribunal criminel de Genève, le procureur a dit qu’il renonçait à faire l’exégèse des indices à charge pour se concentrer sur les éléments saillants. «La culpabilité, c’est comme un puzzle. Ce n’est pas parce qu’il manque des pièces qu’on ne voit pas apparaître l’image de l’assassin.» Point de doute, selon le procureur. C’est bien Kaleb qui est monté à l’appartement ce soir du 23 août 2012, qui a approché la fillette de 12 ans, qui l’a pénétrée probablement avec un doigt, qui l’a saisie par le cou alors qu’elle résistait et qui l’a étranglée avant de cacher son corps sous le lit.

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Selon la chronologie du parquet, ce crime particulièrement odieux a forcément eu lieu entre 19h30, heure à laquelle Semhar est rentrée seule chez elle, et 20h43, heure à laquelle elle n’a pas répondu à l’appel de sa mère. Or, à ce moment-là, Kaleb dit avoir attendu la fillette durant 36 minutes dans son taxi pour un cours de conduite gardé secret. Une version farfelue, analyse le procureur. Le comportement du prévenu durant la suite de la soirée l’incrimine, tout comme les analyses ADN. Son profil a été retrouvé sur le cou, sous les ongles et sur le centre du slip de sa victime.

Pas de conspiration

«Le faisceau d’indices est implacable et la culpabilité transpire du dossier», ajoute le procureur. Le Ministère public estime enfin que Kaleb a bien été un tortionnaire pour trois de ses compagnes particulièrement vulnérables. Des victimes qui disent avoir été séquestrées, violentées et agressées sexuellement. «Il y a des choses qui ne s’inventent pas», souligne Jöel Schwarzentrub tout en balayant la thèse d’une conspiration visant à accabler le prévenu.

La grande froideur et le mobile odieux de Kaleb en font un assassin qui mérite la perpétuité, conclut le procureur. Il n’a pas hésité à s’en prendre cruellement à une enfant dont il était proche et a montré une détermination sans faille en pratiquant une longue strangulation. La dissimulation du corps témoigne aussi de son mépris le plus complet pour la vie d’autrui. Sur la base des expertises psychiatriques, qui retiennent un risque de récidive sérieux pour les violences sexuelles infligées aux compagnes, le procureur demande aussi le prononcé d’une mesure d’internement ordinaire.

La journée se poursuit avec les plaidoiries des parties plaignantes, qui s’attarderont davantage sur les détails de l’affaire. Me Karim Raho s’est lancé en évoquant le «torrent d’atrocités» subi par sa cliente durant l’année de vie commune avec le prévenu. La défense, qui plaide l’acquittement sur la totalité des faits, s’exprimera à partir de mercredi et a déjà annoncé des interventions fleuves.

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