L'ancien conseiller fédéral est partout. Son agenda est un agenda de ministre lorsqu'il s'agit de défendre l'initiative «pour des naturalisations démocratiques». Il a notamment été battre le pavé à Emmen. En fin de semaine, il fera face à Eveline Widmer-Schlumpf sur le plateau d'Arena de la télévision alémanique.

Le Temps: Un ancien conseiller fédéral renonce généralement à s'immiscer dans les campagnes politiques. Pas vous. Pourquoi?

Christoph Blocher: Un «ancien conseiller fédéral» est normalement une personne qui s'est retirée du Conseil fédéral. Il indique ainsi qu'il met fin à ses activités politiques et qu'il se retire de la vie politique. En ce qui me concerne, je ne me suis jamais retiré, mais je n'ai pas été réélu. Immédiatement après ma non-réélection j'ai donc déclaré qu'on peut certes m'évincer du Conseil fédéral, mais non pas de la politique, si bien que je poursuivrai mon action politique en dehors du Conseil fédéral.

- Que représente cette votation sur les naturalisations pour vous?

- Pour moi personnellement, elle ne représente rien. Mais je suis persuadé que cette initiative, qui redonne aux communes et à leurs organes la compétence de naturaliser, est meilleure pour la Suisse que le nouveau système en vigueur depuis 2003. Un refus de cette initiative établirait un «droit à la naturalisation» avec toutes ses conséquences négatives, comme des naturalisations en masse avec une hausse de la criminalité et des abus sociaux.

- Qu'est-ce qui est le plus important à vos yeux: le retour aux naturalisations par les urnes ou la suppression de toute possibilité de faire recours?

- Il ne s'agit pas de savoir si on veut des naturalisations par les urnes ou non; il s'agit de donner aux communes la compétence de décider définitivement qu'une personne ne doit pas être naturalisée. Depuis 2003, un étranger dont la demande de naturalisation a été refusée peut s'adresser à un juge qui peut forcer la commune de le naturaliser. Il faut que la naturalisation redevienne une décision politique et qu'elle ne soit pas dégradée au niveau d'un acte administratif.

- Que signifierait pour vous de perdre cette votation? - Je regretterais un refus de cette initiative, car ce serait un développement négatifdans la politique des étrangers.

- Si vous étiez encore ministre, auriez-vous fait le strict minimum pour défendre la position du Conseil fédéral, c'est-à-dire seulement la conférence de presse de lancement de la campagne?

- J'aurais, conformément à mon devoir, représenté la position du Conseil fédéral, bien que tout le monde eût su que j'y suis personnellement opposé. C'est la tâche d'un conseiller fédéral. Je ne sais pas ce que j'aurais fait par ailleurs!

- Trouvez-vous que, vu les circonstances, Eveline Widmer-Schlumpf aurait dû renoncer à défendre une position contraire à celle de son parti?

- Elle est conseillère fédérale maintenant et doit faire son devoir. Ce ne sera pas trop difficile pour elle dans ce cas, car même avant d'être élue au Conseil fédéral elle était d'un autre avis que l'UDC.

Christoph Blocher a répondu à cette interview par écrit.