Plus d’un million de personnes risquent d’être contaminées en Suisse par le coronavirus lors de la vague estivale, avertit Tanja Stadler. Celle qui a dirigé l'ancienne task force Covid-19 de la Confédération, dissoute au printemps 2022, lance au Blick: «Nous partons du principe qu’environ 15% de la population sera infectée. Mais la plupart des personnes touchées ne seront pas testées.»

En se basant sur des échantillons d’eaux usées, on suppose que le nombre de cas non recensés est actuellement plus élevé qu’en hiver, ajoute-t-elle. «Il devrait y avoir plus de 80 000 nouvelles contaminations par semaine». Or, il y a une semaine, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a annoncé 16 610 nouveaux cas en sept jours. Le nombre d’hospitalisation a lui aussi commencé à repartir à la hausse, souligne Tanja Stadler, ajoutant qu’il est impossible de prédire jusqu’où ces augmentations vont aller.

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«Le nombre actuel de cas est nettement plus élevé que durant les deux derniers étés», constate Tanja Stadler. Mais, poursuit-elle, il y a beaucoup moins de cas graves. «Les données les plus récentes montrent que 97% de la population adulte en Suisse possède des anticorps contre le Covid-19 grâce aux vaccins, mais aussi en raison d’infections». Une situation qui devrait permettre d’éviter de nouvelles surcharges des services de soins intensifs, estime l’ancienne cheffe de la task force.

Une vaccination à l’arrêt

La question de l’administration d’une nouvelle dose pour certaines personnes se pose aujourd’hui, d’après Tanja Stadler. «Chez les personnes vulnérables, l’effet protecteur contre une évolution grave a diminué trois mois après la vaccination. Une quatrième dose peut rétablir une protection complète. C’est ce qu’ont montré plusieurs études», précise-t-elle. Mais pour le moment l’administration d’une quatrième dose se fait aux frais des particuliers dans la plupart des cantons en l’absence de recommandation officielle.

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Depuis la levée de l’essentiel des mesures anti-covid le 17 février dernier, la vaccination stagne. 70% des Suisses ont reçu au moins une dose, 69% une vaccination complète et 43% ont reçu une dose de rappel. Les mêmes chiffres qu’en février à quelques pourcents près. Il y a trois semaines, la Confédération annonçait la destruction de 620 000 doses de vaccin Moderna périmées. Et d’autres lots pourraient connaître le même sort puisque 7 millions de doses sont encore stockées par l’armée.

Se pose aussi la question des doses réservées qui n’ont pas encore été livrées. Au total, la Suisse a passé commande de 34 millions de vaccins pour l’année 2022. Mais avec le ralentissement de la vaccination, 15 millions de ces doses doivent être données au dispositif Covax pour soutenir l’accès au vaccin des pays défavorisés. Au début du mois, un accord a été passé entre la Confédération, Covax et Pfizer, tandis que les négociations avec Moderna devraient aboutir prochainement rapporte la RTS.

D’autres vagues attendues

La mathématicienne à l’Ecole polytechnique de Zurich (EPFZ) ne se risque pas à faire de pronostic quant à la fin de la pandémie de Covid-19. «A long terme, les choses vont se stabiliser. Mais dans les années à venir, il y aura probablement des vagues en été aussi». Selon elle, il faut aussi s’attendre à un rebond saisonnier en automne, même en l’absence de nouveau variant.

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Sur le plan de la gravité de la maladie, Tanja Stadler refuse d’assimiler l’infection par le variant Omicron à une grippe. «En cas d’infection avec Omicron, nous constatons beaucoup plus souvent des conséquences à long terme qu’en cas de grippe, notamment dans la population jeune.» Les effets du covid long font encore l’objet d’études. Pour faire face aux contaminations, l’experte plaide pour la poursuite du port du masque. «Il faut en être conscient: Même une triple vaccination ne protège que partiellement d’une infection», rappelle-t-elle.