Il y avait un successeur naturel à Jean-Pascal Delamuraz: c’était Pascal Couchepin. Le Valaisan avait fait tout ce qu’il fallait pour atteindre un jour le Conseil fédéral, couronnement logique d’une carrière toute dédiée à la politique. Le jour de son élection, il n’y avait aucun suspense. Aucun parti n’était en position de contester le siège aux radicaux et le Valaisan était sans rival à sa taille.

Aujourd’hui, la situation est toute différente. Elle est inédite à bien des égards. Au moment où Pascal Couchepin annonce son retrait, il n’y a pas de candidat naturel à sa succession. C’est la bouteille à l’encre.

Le Parti radical, même fusionné avec les cousins libéraux, n’est pas sûr d’être assez fort pour sauver son siège. Entre la gauche (socialistes et Verts) et la droite nationale-conservatrice (UDC), il y a de la place pour trois conseillers fédéraux issus du centre droit. Trois sièges que doivent désormais se partager le pôle libéral (radicaux et libéraux) et le pôle centriste (démocrates-chrétiens et Verts libéraux). Soit deux camps qui sont aujourd’hui à peu près de force identique.

L’offensive que lance le PDC sur le siège radical romand rend la situation imprévisible. Pour que cette stratégie soit crédible, le PDC devra présenter une candidature sérieuse, de tout premier choix, capable de convaincre totalement à l’interne et de séduire large au-delà du PDC. Ce pourrait être Isabelle Chassot. On ne voit guère que la conseillère d’Etat fribourgeoise pour relever le défi. Forte personnalité de la politique en Suisse, elle est rompue aux tâches exécutives et elle a acquis une solide réputation nationale en dirigeant avec habileté et fermeté la Conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique. Si elle accepte d’entrer dans la course, elle sera une candidate à prendre très au sérieux.

Les radicaux-libéraux ont-ils les moyens de sauver leur siège romand? Il leur faut proposer un ou deux candidats capables de rivaliser en fraîcheur, en compétences et en profil politique. Un casse-tête. Les mêmes noms circulent depuis plusieurs semaines, mais aucun ne semble convaincant. Un radical centriste assumant une fibre sociale pourrait séduire la gauche mais il sera rejeté par l’UDC. Ce sera exactement l’inverse avec une personnalité trop marquée à droite. Le soupçon de proximité avec l’économie ou avec l’UDC deviendra un obstacle pour rallier les voix de la gauche.

Enfin, la stratégie des écologistes sera importante. L’accès au Conseil fédéral d’un deuxième PDC pourrait leur barrer la route du gouvernement pendant de très nombreuses années. Ils réfléchiront à deux fois avant de choisir leur camp.