La querelle au PDC trahit un malaise

Genève Le Conseil d’Etat compte deux magistrats qui règlent leurs comptes sur Facebook ou par voie de presse

Certains estiment que le gouvernement manque de leadership

Avant de faire ses valises pour des contrées encore plus chaudes, Serge Dal Busco a eu à cœur de remettre l’église au milieu du village. Originalité de la démarche, c’est via le réseau social Facebook que le conseiller d’Etat genevois a largué sa missive. Le jeudi 27 juin à 22h27 précises, le ministre démocrate-chrétien des Finances rappelait qu’en matière d’investissements, son canton devra «faire des choix» qui seront «compte tenu des circonstances forcément douloureux». Parmi l’inventaire exhaustif des grands projets, le grand argentier mentionne la traversée autoroutière du lac (entre 3 et 4 milliards de francs) et l’extension souterraine de la gare de Cornavin (1,65 milliard de francs avec une marge d’incertitude de plus ou moins 30%). Deux projets sous tutelle de son collègue, lui aussi démocrate-chrétien, Luc Barthassat.

Se sentant particulièrement ciblé, ce dernier réplique une poignée de jours plus tard dans nos colonnes: «Nous ne pouvons pas rester les bras croisés en nous lamentant de ne pas avoir assez d’argent. Certains pleurnichent. Moi, j’agis.» De toute évidence, l’édile n’a pas goûté ce rappel à la dure réalité de son collègue.

Si la communication de Serge Dal Busco révèle peut-être son incapacité à récolter le soutien de ses collègues, ou encore donne l’image d’un magistrat bâillonné condamné à s’exprimer sur le réseau social, «les coups d’éclat» et l’hyperactivité numérique de Luc Barthassat laissent aussi songeur. Certains n’hésitent pas à persifler, estimant que ce dernier serait meilleur s’il consacrait plus de temps à ses dossiers qu’à répondre aux internautes.

Entre-temps, comme pour relever la faiblesse de ces magistrats, deux événements viennent égratigner la routine estivale de ces démocrates-chrétiens. Luc Barthassat essuie la démission de la présidente du conseil d’administration des Transports publics genevois (TPG) pendant que Serge Dal Busco assiste à la présentation d’un plan de bataille clair sur la troisième réforme des entreprises de la part du tandem Broulis-Maillard. De quoi donner l’impression d’un exécutif vaudois entreprenant pendant que son homologue genevois n’en est qu’au stade de la «réflexion» et de la «consultation».

Magistrats PDC, maillons faibles du gouvernement? Sont-ils à la hauteur de leurs tâches? Certains le pensent. Ou tout du moins, s’interrogent. La députée socialiste Lydia Schneider Hausser juge le conseiller d’Etat comme ayant été un «très bon magistrat communal, mais dont on attend encore qu’il montre des résultats». Le député socialiste Thomas Wenger a quant à lui «l’impression que le conseiller d’Etat ne dispose pas d’une feuille de route claire» et qu’il «est à la remorque du canton de Vaud».

Dans le camp du magistrat, le député libéral-radical Edouard Cuendet ne «veut pas» se prononcer sur le bilan de Luc Barthassat, mais multiplie les louanges envers le ministre des Finances, à la veille d’élections fédérales. «Serge Dal Busco est extrêmement lucide sur la situation financière du canton, qui contrecarre les ambitions pharaoniques de certains. Certes, il n’a pas un côté flamboyant mais ce n’est pas ce qu’on lui demande, commente celui qui est également directeur de la Fondation Genève Place Financière. L’opinion est partagée par le député écologiste François Lefort, qui estime que Serge Dal Busco est «quelqu’un de solide et de discret comme doit l’être un ministre des Finances».

Les commentaires se font un peu plus sévères concernant le bilan de Luc Barthassat. Si Thomas Wenger lui reconnaît des décisions courageuses, comme celle d’avoir mis en place des mesures concrètes pour lutter contre les pics de pollution (limitation de vitesse sur l’autoroute et tarifs réduits pour les TPG) ou celle de s’opposer au TCS sur l’inutilité d’une petite traversée de la Rade, le socialiste estime que sa politique est «extrêmement floue». «Luc Barthassat lance des idées à l’emporte-pièce. On a l’impression qu’il improvise constamment.»

Selon une majorité d’élus contactés par Le Temps, les querelles entre les deux magistrats laissent apparaître une autre faille: celle d’un gouvernement qui manque de leadership selon le député MCG Daniel Sormanni, de figure rassembleuse. «La fonction de président du Conseil d’Etat, instaurée par la nouvelle Constitution cantonale, n’a pas montré ce qu’elle pouvait amener, commente Lydia Schneider Hausser. Cela donne l’impression d’un Conseil d’Etat sans capitaine, d’un exécutif déprimant, dont le programme se résume à faire des économies. Mais est-ce que faire des économies est un programme audacieux?» questionne la socialiste. Thomas Wenger, lui, critique «le manque de cohésion globale du gouvernement». «Si chaque magistrat travaille relativement bien dans son département, on constate une absence de vision stratégique commune.»

«On a l’impression d’un Conseil d’Etat sans capitaine, d’un exécutif déprimant»