Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes pour André Hédiger. Il est maire de Genève et c'est bien normal: c'était son tour. Et qu'importe le fait qu'il soit inculpé pour avoir fait sauter des amendes. Après tout, il est encore présumé innocent. L'édile le clame haut et fort: cette affaire ne nuira nullement à l'image de Genève.

Pourtant, cette élection, qui s'ajoute à une série de scandales, contribue à décrédibiliser Genève, et affaiblit encore sa position au niveau fédéral. Notamment sur un terrain où elle a brillé par son absence pendant des décennies: l'Union des villes suisses.

«Mauvais élève»

Un lobby dont l'influence n'a cessé de s'affirmer au cours des vingt dernières années, parallèlement au développement des zones urbaines du pays. Deuxième ville de suisse par son poids démographique (environ 180000 habitants), juste derrière Zurich, Genève n'a jamais joué un rôle qui soit à la mesure de son importance.

Elle fait pourtant partie des cinq villes principales, membres permanents du comité de l'organisation, avec Zurich, Lausanne, Berne et Bâle. «Sur les trente dernières années, Genève a fait office de mauvais élève», relève Daniel Brélaz, syndic Vert de Lausanne et vice-président de l'Union des villes suisses (UVS), qui ajoute cependant que la situation s'est améliorée depuis deux ans, lorsque le conseiller administratif Manuel Tornare est devenu le représentant permanent de Genève à l'UVS pour cette législature. «Avec Manuel Tornare, on est passé de 20% de présence genevoise aux séances à 50%.»

Genève et le monde

Tout comme Zurich aujourd'hui avec son maire Elmar Ledergerber, Lausanne a toujours beaucoup œuvré pour faire entendre la voix des villes sous la coupole fédérale, notamment grâce à l'action d'Yvette Jaggi. L'ancienne syndique, qui a présidé l'UVS dans les années 1990, confirme que «l'engagement de Genève n'a jamais été spectaculaire».

Une piètre réputation qui va encore empirer avec l'accession d'André Hédiger à la mairie. Selon l'ancienne magistrate, qui poursuit sur le mode de la litote, «cette élection ne va pas renforcer l'image de Genève sur la scène fédérale».

Car les turpitudes genevoises n'inciteront pas forcément les autres villes suisses à l'indulgence, après que la cité les eut si souvent ignorées. Pendant que le lobby essayait de s'imposer comme un interlocuteur sur la scène politique, alors que le jeu fédéral ne prévoit qu'un dialogue entre les cantons et la Confédération, Genève se tournait vers le reste du monde.

Les multiples voyages à l'étranger de ses édiles, qui ont parfois défrayé la chronique, montrent que la municipalité a toujours privilégié ses relations internationales à celles avec les autres cités suisses. Souvent dans le but de soutenir les pays du Sud, comme avec le Fonds de solidarité numérique ou le réseau Villes unies contre la pauvreté.

A la décharge de Genève «qui n'a jamais croché au wagon» fédéral, l'ex-syndic de Fribourg Dominique de Buman évoque notamment sa situation géographique, avec l'éloignement de Berne et la proximité de la France, même si «Bâle, qui est aussi frontalière, joue davantage le jeu au niveau suisse».

Les villes dans la Constitution

L'indifférence genevoise a-t-elle entraîné des défaites politiques pour le lobby? A l'Union des villes suisses, on ne va pas aussi loin, mais Fernand Mariétan, président de Monthey, souligne que l'absence de Genève aux séances lui a souvent paru «étonnante, car la plupart du temps, les problématiques discutées concernent les grandes villes».

Au nombre de ses victoires, l'UVS peut compter notamment la création d'un fonds d'infrastructure pour les agglomérations. Mais surtout l'inscription dans la Constitution de la prise en compte obligatoire de la situation particulière des villes, véritable contrepoids à l'influence des régions périphériques, qui ont toujours bénéficié du soutien de la Confédération.

International et suisse

Quant à l'ex-maire de Genève Manuel Tornare, il affirme que la cité «est en train de revenir en force au sein de l'Union des villes suisses. On peut penser international et suisse à la fois, selon moi, et je m'emploie à reconstruire des liens qui étaient distendus. Il ne faut pas croire qu'on ne regarde que du côté de Bamako.»

L'élu socialiste souligne également qu'il est en train de mettre sur pied une plateforme des villes romandes, dans le cadre de l'UVS. Mais si Manuel Tornare dit être conscient de l'importance pour Genève de jouer le jeu au niveau fédéral, il fait aussi remarquer que «les autres villes suisses ne sont pas suffisamment présentes sur le plan international. Et ce manque d'ouverture nous a notamment coûté le siège de l'organisation mondiale Cités et gouvernements locaux unis, au profit de Barcelone.»

Preuve qu'en dépit des scandales qui l'ébranlent Genève n'est pas pour autant disposée à faire profil bas. Et que, dans le concert des villes, l'unisson ne semble pas être pour demain.