Rail

Le CEVA pourrait ressusciter la ligne du Tonkin entre Evian et le Valais

France et Suisse étudient l’idée d’intégrer la voie ferrée qui relie Genève à Saint-Maurice, inexploitée depuis 1999, au tracé du futur RER transfrontalier. La nouvelle ligne ne serait pas opérationnelle avant 2018

Le 10 février dernier, l’association «Sauvons le Tonkin» remettait à l’Assemblée nationale française à Paris une pétition de 6300 signatures demandant la réouverture de la ligne du Tonkin entre Evian et Saint-Gingolph (VS). «Les signataires sont à la fois Suisses et Français, la mobilisation est forte», se félicitait Benoît Grandcollot, le président de l’association. Si la ligne du Tonkin (lire historique ci-contre) qui relie Saint-Maurice à Genève via Thonon est encore exploitée dans le Chablais valaisan ainsi qu’entre Evian et Annemasse, la section de 18 kilomètres entre Evian et Saint-Gingolph est fermée depuis 1998. A l’époque, un petit train touristique circulait encore de temps en temps. Les Chablaisiens réclament aujourd’hui le redémarrage d’une liaison commerciale pour soulager une région «repliée sur elle-même car enclavée».

La bonne nouvelle est venue de Genève le 29 novembre 2009 lorsque les électeurs ont apporté par leurs voix (61,2%) un soutien populaire au CEVA (liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse). Un réseau qui permettra la mise en place d’un RER franco-valdo-genevois avec des lignes desservant Bellegarde (département de l’Ain), Nyon, Lausanne, la vallée de l’Arve, Annecy, Thonon et Evian. «Il existe désormais une opportunité de poursuivre la ligne jusque dans le Valais, indique Benoît Grandcollot. Notre combat ne se limite pas à 18 km de rail, nous rêvons à une ligne ambitieuse Sion-Bellegarde. La voie ferrée doit supplanter le tout voiture qui continue à dicter sa loi dans notre région.» Le transport par train y représente 1% des déplacements. Pour aller travailler par exemple à Monthey, un pendulaire d’Evian n’a pour le moment d’autre choix que sa voiture.

Pascal Bovey, le chef du Service des transports de l’Etat du Valais assure: «Si le RER se réalise, le prolongement en direction du Valais suivra et le potentiel de fréquentation est loin d’être négligeable puisque selon nos études 800 à 1000 personnes pourraient chaque jour monter dans le train et environ 2500 à l’horizon 2020» A titre de comparaison, on ne recense actuellement que quelque 150 passagers par jour entre Le Bouveret et Saint-Gingolph, «par la faute d’un chaînon manquant», enrage Benoît Grancollot. «Sans le Tonkin, on va se retrouver avec un RER franco-valdo-genevois qui va venir mourir à Evian, c’est du gâchis», poursuit-il.

Du côté des CFF, on se déclare prêt à supporter une réouverture par la France des fameux 18 kilomètres. «Nous absorberons un trafic supplémentaire de voyageurs car nous avons investi ces dernières années 20 millions de francs pour moderniser la ligne entre Monthey et Saint-Gingolph», relève Frédéric Revaz, un porte-parole.

Selon le Réseau ferré de France (RFF) qui exploite l’Evian-Saint-Gingolph, l’investissement se chiffrera au minimum à 30 millions d’euros. «Cette ligne a un avenir, déclare Benoît Descourvières, le chef de service des projets et des investissements au RFF. Un comité de pilotage se réunit en mars pour étudier sa réouverture. Il reste maintenant à savoir ce que l’on en fera, une simple navette ou alors une vraie voie. Cette dernière éventualité implique une réélectrification, ce qui va gonfler les budgets.»

Qui mettra la main à la poche? Bernard Soulage, vice-président de la région Rhône-Alpes chargé des Transports, répond: «Il est trop tôt pour le dire, l’essentiel est qu’il existe un consensus autour de la réouverture. Nous y sommes de notre côté très favorables et nous soutenons un projet compatible avec la technique suisse en alimentation électrique et signalisation, mais nous ne sommes pas chez nous là-bas, ce sont les RFF qui auront le dernier mot.»

Une remise en fonction ne devrait cependant pas avoir lieu avant 2018, car malgré un entretien régulier de la voie financé par la Région Rhône-Alpes et les cantons de Genève et du Valais, la ligne est en piteux état. Des ouvrages d’art sont délabrés, des rails manquent à l’approche d’Evian, les herbes envahissent le ballast et, curiosité, certains passages à niveau sont montés à l’envers car c’est le train qui doit s’arrêter… La chose est amusante pour un convoi touristique mais inconcevable pour un train express régional.

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