Sur les hauteurs de Genève et hors des grands axes de transport, le quartier de Champel a toujours été associé à un quartier bourgeois à l'écart des industries et des faubourgs populaires. Bien que les demeures aristocratiques aient laissé la place dans les années 70 à des immeubles de logements, le quartier mêlant propriétaires et locataires conserve son image.

Dès 2010-2012, une gare surgira de terre sur le plateau de Champel, reliant ce quartier calme à l'ensemble du réseau de transport franco-valdo-genevois. Cette halte fait partie des sept stations qui constitueront la liaison Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse, le CEVA, un ambitieux projet qui offrira une mobilité accrue aux 900000 habitants de la région en reliant les réseaux ferroviaires suisse et français.

Si le Grand Conseil a voté en 2002 les 400 millions nécessaires au CEVA, la Confédération doit encore approuver à l'automne les 550 millions restants. Sur cette base, les travaux ont déjà débuté à la gare de Cornavin, la suite du projet fera l'objet d'une nouvelle procédure d'approbation des plans.

Du côté de Champel, la chose ne paraît pas entendue. Une association s'est constituée pour s'opposer à cette construction et la récolte des signatures va bon train...

L'enjeu du Plateau

15h30, mercredi après-midi sur le plateau de Champel, quelques rares personnes traversent rapidement le square pour aller prendre le bus qui s'approche. Pas le moindre écolier en vue. Triangulaire et en pente, la surface décourage les jeux de balle. Qui voudrait voir ses enfants jouer sur cet espace dédié aux chiens alors que le parc Bertrand tout proche offre toutes les commodités pour cela?

C'est ici que la station sera construite. Les commerçants de l'avenue Bertrand craignent de ne pas survivre aux travaux: «Nos clients viennent de Conches et de plus loin encore; si l'avenue est inaccessible aux voitures, c'est la fin pour nous.» Quant à savoir si les utilisateurs de cette gare deviendront aussi des clients, les avis sont partagés. Pour les uns, «le CEVA est fait pour les Français travaillant à l'hôpital (ndlr: qui se trouve à 400 mètres en contrebas), ils ne vont pas acheter chez nous!» Pour les autres, au contraire, «ça va dynamiser le quartier; ici les cafés ferment tôt, ils vont prolonger leurs heures d'ouverture si le quartier est plus accessible.»

«Accessible», c'est aussi ce que redoutent certains habitants: «On ne sait pas quelle population va drainer cette gare.» On craint pour la quiétude du quartier et les conséquences: «La valeur immobilière des appartements va baisser.» Certains évoquent aussi la fissuration des bâtiments, causée par les vibrations des trains passant 20 mètres en dessous.

Risques réels ou craintes?

Faisant feu de tout bois, Marietta Bieri, opposante au projet au sein de l'Association contre le tracé de Carouge-Champel, annonce 2500 signatures à la pétition en cours. «Tout a été voté en 2002 et l'arrêt de Champel n'était sur aucun plan!» L'association estime que les trains seront vides: «Nous devrons payer le déficit pour un projet pharaonique.» Elle refuse «la destruction et le bétonnage des falaises et les irréparables atteintes à la faune et à la flore qui en découlent». Santé et sécurité des habitants, destruction d'un terrain de foot à Carouge, pollution de la nappe phréatique et valeur des immeubles sont aussi invoquées.

Directeur du projet CEVA, Alain Pirat n'a aucune inquiétude concernant le terrain: «Le pont de la Jonction qui relie Saint-Jean au bois de la Bâtie est construit dans un terrain identique, pourtant il n'y a eu aucun effondrement ni atteinte à la nature, il en sera de même ici!»

Une station pour l'hôpital? «Non, nous aurions de toute manière fait un arrêt ici, il y a 32000 emplois dans les mille mètres alentour, du tertiaire principalement. Les 7000 employés des services hospitaliers n'emprunteront pas tous cette ligne!»

Robert Cramer, conseiller d'Etat en charge du dossier, s'étonne que la question de l'utilité du CEVA revienne sur le devant de la scène: «Le débat a déjà eu lieu au Grand Conseil en 2002 et personne ne s'était alors opposé au projet. Il y a 200000 passages de frontière entre Genève et la France et seulement 3-4% se font en transports publics (ndlr: contre 25% en provenance de Vaud). Les études montrent que la mobilité des personnes va s'accroître de 50% d'ici à 2020. Pour que Genève soit une ville agréable à vivre et attire des entreprises par ses conditions favorables, il est impératif que tous ceux qui ne sont pas contraints de se déplacer en voiture puissent accéder à des transports collectifs. Le CEVA est une partie de la solution!»

L'automne sera l'occasion pour les opposants de faire entendre leur voix lors de la mise à l'enquête. Face au large soutien de la classe politique et des instances franco-suisses, il semble très improbable qu'ils parviennent à faire dérailler le CEVA...