La guerre du rail n’aura finalement pas lieu. A la suite de la médiation mise en place par la cheffe du Département fédéral des transports (DETEC), Simonetta Sommaruga, les CFF et la compagnie BLS ont trouvé un terrain d’entente. Le BLS renonce à sa demande d’octroi d’une concession pour le trafic grandes lignes, qui reste ainsi le monopole de l’ancienne régie fédérale. Mais un contrat de collaboration a été signé. Il prévoit que le BLS exploitera les deux axes prioritaires pour lesquels il avait obtenu, dans un premier temps, une concession de la part de l’Office fédéral des transports (OFT): Berne-Bienne, dès décembre 2019, et Berne-Berthoud-Olten, à partir de décembre 2020.

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Le BLS va également conserver dans son giron l’exploitation de la liaison Berne-Neuchâtel-La Chaux-de-Fonds, qu’il aurait dû céder aux CFF en décembre 2020, avec prolongation jusqu’au Locle. Cet axe est desservi en trafic régional par les rames grises et vertes du BLS au rythme d’une par heure dans chaque direction, et cela jusqu'en décembre 2020. A partir de cette date, et en principe jusqu'à l'échéance de la concession en 2029, les CFF verseront une contribution à l’opérateur bernois. La ligne pourrait toutefois repasser en mains des CFF avant l'échéance de la concession. L'accord prévoit en effet que, dans une deuxième étape, les CFF la reprennent au moment où des liaisons directes entre La Chaux-de-Fonds et le Bassin lémanique seront réalisées. Cette perspective réjouit le conseiller d'Etat neuchâtelois Laurent Favre. «Cet accord est une très bonne nouvelle. Il permettra de replacer les Montagnes neuchâteloises sur le réseau national des grandes lignes. Et le raccordement au Bassin lémanique, pour lequel il existe un bon potentiel de voyageurs, accroîtra l'attractivité résidentielle de la région», réagit-il. Le transfert du trafic régional indemnisé au réseau grandes lignes non subventionné permettra au canton de Neuchâtel d'économiser un peu d'un million en 2021, ajoute-t-il.

Ligne directe souterraine

Il convient de rappeler qu'il y aura une troisième étape. D'ici au début des années 2030, le tracé historique, qui grimpe de Neuchâtel à La Chaux-de-Fonds en passant par le rebroussement de Chambrelien et le tunnel sous La Vue-des-Alpes, disparaîtra. Il sera remplacé par une ligne directe souterraine reliant les deux villes par le Val-de-Ruz. Les crédits fédéraux permettant la réalisation de ce nouvel itinéraire ont été votés par les Chambres fédérales en juin.

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Le BLS exploitera ces trois axes avec son propre matériel roulant. Il a passé commande à Stadler Rail de huit rames Mutz à deux étages pour Berne-Bienne et Berne-Olten. Mais il avait suspendu la commande de six autres compositions de type Flirt à un seul niveau pour remplacer les vieux trains des années 1970 qui circulent aujourd’hui entre Berne et La Chaux-de-Fonds et qui arrivent en fin de vie. Cette commande est réactivée. Conséquence de cet accord: le BLS renonce à une concession propre de trafic grandes lignes et les CFF retirent définitivement le recours qu’ils avaient déposé au Tribunal administratif fédéral contre l’octroi de deux concessions à leur rival bernois.

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Concurrence des idées

«On évite ainsi un long combat juridique qui n'aurait fait que des perdants», commente Simonetta Sommaruga. Les CFF conservent la concession intégrale des grandes lignes pour les dix ans à venir. L'accord conclu avec le BLS est très similaire à celui qui a déjà été passé avec un autre opérateur, la Südostbahn (SOB). Ainsi, les CFF sous-traiteront l'exploitation de cinq grandes lignes à leurs partenaires: Berne-Bienne, Berne-Berthoud-Olten et Berne-Neuchâtel-La Chaux-de-Fonds au BLS et la ligne de faîte du Gothard ainsi que Coire-Zurich-Berne au SOB. Si l'idée d'une concurrence sur le rail est abandonnée, il y aura en revanche concurrence sur les idées. «Certaines de nos prestations inciteront peut-être les CFF à s'en inspirer», lâche Rudolf Stämpfli, président du conseil d'administration du BLS. Il fait référence aux automates à boissons et à snacks dont seront équipées les nouvelles rames prévues sur les grandes lignes. On peut aussi évoquer le wifi, que les CFF ne jugent pas nécessaire d'offrir sur leurs trains.

Au départ, le BLS espérait obtenir cinq grandes lignes: aux trois octroyées s'ajoutaient les axes reliant Bâle à Interlaken et à Brigue. Rudolf Stämpfli s'accommode de ce qu'il reçoit. «Le BLS se réjouit de pouvoir circuler sur le réseau grandes lignes. C'est important pour faire croître notre société. Nous avons besoin de ces recettes pour offrir de nouvelles prestations à notre clientèle. Cette solution permet à nos deux entreprises d'être compétitives et évite que des acteurs étrangers s'emparent du marché», commente-t-il. Quant à la présidente du conseil d'administration des CFF, Monika Ribar, elle est évidemment ravie de l'accord qui a été trouvé. «En Suisse, la concurrence est difficile. La Suisse n'est pas un grand pays. Elle dispose cependant d'un réseau complexe. La planification doit être concentrée dans un seule main, mais en association avec nos partenaires du BLS et de SOB», commente-t-elle.