Le ton quelque peu désabusé affiché à la fois par le directeur général des CFF, Benedikt Weibel, et par son collègue du BLS, Matthias Tromp, laisse entrevoir que les négociations ont été difficiles et tendues. Elles ont néanmoins débouché sur un accord de collaboration, accord qui a été approuvé mercredi par le Conseil d'Etat du canton de Berne et par le Département fédéral des transports (DETEC).

Conclue à fin juin déjà, la convention a été rangée dans un tiroir pendant la pause estivale afin de laisser le temps au gouvernement bernois d'en examiner les détails. C'est la raison pour laquelle elle n'a été rendue publique que jeudi. «Nous devions nous assurer qu'elle répondait à nos objectifs politiques, à savoir garantir l'accès de la région bernoise au réseau international à grande vitesse et permettre l'exploitation d'un réseau RER performant», explique la conseillère d'Etat Dori Schaer-Born.

L'accord repose sur le principe du désenchevêtrement des tâches, l'idée consistant à ne conserver qu'un seul acteur partout où c'est possible. Il exclut, pour des raisons plus politiques qu'économiques, la fusion des deux entreprises. Il revêt la forme d'une lettre d'intention qui fixe les grands principes de la collaboration, mais ne règle pas celle-ci dans tous ses détails. Parmi les questions qui restent ouvertes, il y a celle du personnel. Il est clair que, en fonction de l'attribution des tâches, des employés seront transférés des CFF vers le BLS et vice versa. Mais cette question sera résolue ultérieurement. Le Syndicat du personnel des transports (SEV) est cependant à l'affût. Il demande que l'horaire de 39 heures en vigueur aux CFF soit étendu au RER bernois et plaide pour une harmonisation salariale sur le niveau le plus élevé.

L'accord entraînera un report de chiffre d'affaires de l'ordre de 20 millions de francs en faveur du BLS. En voici les principales articulations:

• Structure financière. Les CFF veulent acquérir «au moins 34%» du capital du BLS. Comment atteindre ce but? Le canton de Berne, qui détient 65,1% des actions, est prêt à en céder au maximum 15%. Pas davantage, car il veut rester actionnaire majoritaire, du moins pour l'instant. De son côté, la Confédération, qui détient 17,56% du capital, propose de se dessaisir d'une partie de ses actions. Elle soutient la création d'une filiale spécifique pour l'infrastructure du réseau BLS et souhaite concentrer sa participation sur cette filiale, car cela résoudra la question du prêt de 1 milliard qu'elle a accordé pour l'axe du Lötschberg. On peut en outre imaginer que d'autres actionnaires – il y en a environ un millier, parmi lesquels les cantons de Neuchâtel et de Soleure, des communes et des privés – vendent leur part. Il faudra pour cela que l'action BLS (environ 20 francs aujourd'hui, contre 35 en février lorsque le projet a été annoncé) grimpe suffisamment haut, par exemple autour de 60-70 francs. Une autre solution consiste à augmenter le capital.

• Trafic régional. Le BLS reprendra la totalité du réseau express régional bernois. Cela implique que les CFF lui cèdent les deux lignes qu'ils exploitent, à savoir Thoune - Berne - Fribourg et Bienne - Berne - Belp - Thoune. Cette concentration permettra à la compagnie d'acquérir de nouveaux trains navettes NINA. Toutefois, contrairement à la première série qui a été mise en circulation sur les lignes Berne - Neuchâtel et Berne -Morat - Avenches, ces navettes seront équipées de W.-C.

• Trafic voyageurs international. Ce sera l'affaire exclusive des CFF. Tous les trains Intercity et Eurocity circulant sur l'axe Bâle -Berne - Brigue - Milan par le Lötschberg ainsi que ceux qui desservent Interlaken seront gérés par l'ex-régie.

• Trafic marchandises. C'est le seul secteur qui sera en régime de concurrence. Le BLS va créer une filiale BLS Cargo, dont la Deutsche Bahn sera partenaire. Elle sera en compétition avec la société Cargo SI créée par les CFF et les FS italiens. «Eu égard aux partenaires de BLS Cargo, l'entrée des CFF dans le capital de BLS SA exigera une réglementation spéciale», précise Matthias Tromp. Cette concurrence ne concerne toutefois que le transport des marchandises par trains complets. Le ferroutage, qui débutera le 8 janvier 2001 sur l'axe Fribourg-en-Brisgau - Novare par le Lötschberg, continuera d'être exploité en partenariat par le BLS, les CFF et la société de transport combiné HUPAC. Le transport de voitures restera l'apanage du BLS.

• Exploitation du réseau. Chaque compagnie restera concessionnaire de son réseau. Mais les horaires et les sillons seront entièrement gérés par les CFF, axe du Lötschberg compris. Chaque compagnie conservera son service d'entretien, mais les travaux pourront être effectués sans tenir compte des limites de propriété.