Les CFF ont déclenché une onde de choc jeudi en annonçant un vaste programme d'économies chiffré en milliards de francs et en centaines d'emplois biffés ces quinze prochaines années: 550 millions de francs à économiser chaque année d'ici à 2020, puis 1,75 milliard par an jusqu'en 2030, 900 emplois supprimés ces cinq prochaines années, et sans doute d'autres durant la décennie suivante.

Au total, les CFF comptent ainsi réduire leurs coûts de 20 milliards d'ici à 2030. Les économies annuelles équivalent à 7% des charges (8,23 milliards en 2014) ces cinq prochaines années. La diminution du nombre d'employés correspond à près de 3% de l'effectif total (32 700) des CFF. Le plan stratégique porte le nom de RailFit20/30 et sera mis sur pied en collaboration avec le consultant McKinsey. Différents scénarios seront élaborés d'ici à l'été 2016.

Notre revue de presse: «Victimes de leur succès», les CFF doivent économiser»

Pourquoi les CFF viennent-ils avec un tel programme minceur maintenant, alors que le peuple suisse vient d'approuver l'extension du réseau ferroviaire par le biais du programme de financement et d'aménagement de l'infrastructure ferroviaire (FAIF)? Parce que le réseau coûte de plus en plus cher, a répondu jeudi le directeur général des CFF, Andreas Meyer.

Il relève que cet ambitieux programme d'investissement tirera les coûts d'exploitation et d'entretien vers le haut. La mise en service de la ligne diamétrale de Zurich, nouvelle gare souterraine qui permettra des liaisons directes en direction de l'aéroport, et de la ligne ferroviaire de base du Gothard contribueront à augmenter ces coûts.

Bus low cost et véhicules autonomes

Andreas Meyer évoque encore la concurrence de plus en plus vive exercée par les bus longue distance qui relient à vil prix Zurich aux grandes villes allemandes et qui commencent également à offrir des liaisons low cost au départ de Genève en direction de la France. Il cite également les véhicules autonomes à l'image du car postal sans conducteur que le cariste helvétique compte expérimenter à Sion prochainement. Les CFF comptent exploiter eux-mêmes les nouvelles technologies et l'automatisation.

Lire aussi: «Le grand paradoxe des CFF»

L'objectif de la manœuvre est de dégager des moyens pour investir dans de nouvelles offres, d'améliorer le taux d'occupation des trains, de couvrir les besoins croissants de l'entretien du réseau et d'engager du personnel là où la demande est la plus urgente: mécaniciens de locomotives, ingénieurs, apprentis. Il s'agit aussi d'éviter de solliciter trop fortement le porte-monnaie de la clientèle: «Les prix devraient à l'avenir augmenter modérément, voire pas du tout», promet le patron des CFF.

«Incompréhensible», critique le syndicat

Les économies toucheront tous les secteurs: administration, distribution, matériel, production, construction, exploitation, entretien. Elles frapperont forcément le personnel, car celui-ci représente 46% des charges du groupe (3,8 milliards sur 8,3 milliards en 2014). Andreas Meyer espère limiter les dégâts en comptant sur les fluctuations naturelles et les départs à la retraite, prévus en nombre ces prochaines années. «Les fluctuations se situent entre 1500 et 1800 postes par an», précise-t-il.

En tous les cas, «les réductions d'effectifs se feront conformément à la convention collective de travail (CCT), en étroite collaboration avec les partenaires sociaux», promettent les CFF. Le Syndicat du personnel des transports (SEV) est perplexe. Son président Giorgio Tuti juge «incompréhensible» que les CFF veuillent «supprimer des postes à tout va». «Les prévisions actuelles liées à la mobilité ainsi que les extensions de l'infrastructure et de l'offre déjà prévues montrent que, à l'avenir, on n'aura certainement pas besoin de moins de personnel», écrit-il dans un communiqué.

Il promet de suivre d'un «œil très critique» le mandat confié à McKinsey, un consultant dont les syndicats se méfient comme de la peste. Le SEV souligne cependant que, grâce à la CCT, «il est exclu d'en arriver à des licenciements». Il attend des CFF qu'ils misent sur la formation continue et la planification des carrières afin d'adapter le personnel à l'évolution technique.