Rail 

Les CFF mettent le Tessin sous pression

Andreas Meyer veut construire rapidement à Arbedo-Castione les ateliers «les plus modernes d’Europe». Mais les modalités de ce projet sont loin de faire consensus dans le canton

«Menace», «chantage», «diktat»… Les propos d’Andreas Meyer, après la rencontre annuelle entre les CFF et le Conseil d’Etat qui s’est tenue la semaine dernière au Tessin, ont suscité une vague de réactions indignées. Gêné par un rythme qu’il juge insatisfaisant, le patron des Chemins de fer fédéraux a laissé entendre que si les discussions sur les nouveaux ateliers prévus pour 2026 au sud des Alpes s’éternisent et qu’aucune solution n’émerge rapidement, «d’autres options seraient sondées».

En décembre 2017, après les années d’incertitude qui ont suivi la retentissante grève de 2008, les CFF, le canton et la ville de Bellinzone se sont entendus sur le sort des ateliers tessinois. Grâce à un projet de 360 millions de francs, les Officine deviendront les «plus modernes d’Europe». Pour cela, elles seront délocalisées du centre-ville de Bellinzone et, apprenait-on début juin, construites dans la commune d’Arbedo-Castione.

«Arrogance» de l’un, «servilité» des autres

Mais rien n’est gagné. Le site retenu ne fait pas l’unanimité. Les syndicats contestent par ailleurs la perte de la moitié des 400 emplois des ateliers de Bellinzone, comme le prévoit le projet actuel. D’autres voix tessinoises contestent l’«arrogance» d’Andreas Meyer. Après avoir évoqué un éventuel départ du canton, il s’est fait vertement reprocher par le Parti socialiste et les autres partis de gauche de ne «pas contribuer à créer un climat de collaboration» et de laisser «de nombreuses questions en suspens». L’attitude «servile» des autorités tessinoises a également été critiquée.

Lire aussi: Le futur des ateliers CFF de Bellinzone crée de nouveaux remous 

A droite aussi, les propos d’Andreas Meyer ont déplu. Député PLR, Franco Celio a interpellé le gouvernement, lui demandant s’il «trouvait tolérable le comportement du fonctionnaire des CFF». «Je n’ai pas du tout apprécié son ton. Le Tessin versant 120 millions de francs pour ce projet, il est tout de même naturel que les procédures démocratiques normales soient respectées.» Il estime par ailleurs que le choix de Giornico, une zone industrielle du nord du canton, reliée aux voies ferrées, aurait été plus judicieux.

Surfaces agricoles sacrifiées

«L’option Castione représente l’expropriation de 80 000 m² de terrains agricoles (sur les 150 000 identifiés)», fait valoir Sem Genini, secrétaire général de l’Union des paysans tessinois (UCT), qui fera opposition. Il s’agit en plus de surfaces d’assolement, soit les terres de la meilleure qualité, strictement protégées par la loi fédérale, ajoute-t-il. «Les CFF pourraient choisir une région industrielle, plutôt que de sacrifier, encore une fois, des terrains agricoles, déjà rares au Tessin.»

Plusieurs communes ont aussi annoncé qu’elles contesteront l’installation des CFF à Castione. En bref, pour construire les ateliers les plus modernes d’Europe au Tessin, Andreas Meyer devra s’armer de patience.

Publicité