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Andreas Meyer est persuadé que la gestion des capacités sera simplifiée si les CFF peuvent obtenir des informations sur les trajets de leurs clients. (Keystone)

Forum des 100

Les CFF rêvent des données de leurs clients

Andreas Meyer ne cesse de le répéter: si l’accès aux informations des usagers était possible, la gestion des capacités serait facilitée. Mais le préposé fédéral à la protection des données veille au grain

Forum des 100, édition 2018: Réinventer la mobilité

Comment combiner les différents modes de transports? Qu’apporte la digitalisation? Dans quelles infrastructures investir? Le Forum des 100 organisé par Le Temps le 24 mai prochain porte sur ces questions. Comme la série d’articles publiés en amont de l’événement.

Pour tous renseignements: forumdes100@letemps.ch


Andreas Meyer ne manque pas une occasion de lancer un plaidoyer pour l’accès aux données des usagers des CFF, principalement les pendulaires. «Si nous savons où et quand nos clients montent et descendent du train et à quelle heure ils circulent, nous pourrons personnaliser nos offres, proposer un service à la place, mieux cibler les annonces sur les interruptions de trafic, réserver des sièges, proposer le meilleur parcours au meilleur tarif», a-t-il énuméré récemment dans le cadre du forum spécialisé organisé par l’Union suisse des transports publics (UTP) à Olten.

Lire aussi: La vignette autoroutière et les billets de train changent d’époque

Avec la numérisation de la billetterie, l’accès aux données sera techniquement plus simple. Les applications Lezzgo et Fairtiq développées par la branche identifient l’entrée et la sortie d’un train, d’un tram, d’un bus. «Cela va changer la mobilité: les gens conviendront d’un rendez-vous entre eux et tous les paramètres de leur rencontre se connecteront automatiquement. Il y a là un potentiel énorme», ajoute Andreas Meyer. Seulement voilà: la protection des données est stricte en Suisse. Les CFF en savent quelque chose. Lorsqu’ils ont remplacé les abonnements généraux et cartes demi-tarif par le SwissPass rouge en 2015, ils se sont fait taper sur les doigts par le préposé fédéral à la protection des données. Lors de la phase d’introduction, les CFF conservaient les informations de voyage pendant 90 jours. En janvier 2016, le préposé a exigé qu’ils effacent les renseignements enregistrés et renoncent à les collecter à l’avenir. Il reprochait notamment à l’entreprise de manquer de transparence sur l’utilisation de ces informations. L’appareil de lecture du SwissPass a été adapté en conséquence. Andreas Meyer regrette cette décision.

Une «protection absolue»

Le préposé fédéral garde un œil critique sur le développement de la billetterie numérique. Dans son rapport d’activité 2016-2017, il insistait sur un point central: «La collecte et le traitement des données doivent s’opérer sur une base volontaire et dans le respect du droit à l’information des voyageurs.» C’est désormais sur cette carte que joue Andreas Meyer. Comme il l’a dit à Olten et rappelé dans la NZZ am Sonntag, il faut trouver le moyen d’inciter les utilisateurs à livrer les détails de leurs déplacements.

Nous sommes de pauvres hères. A cause de la surréglementation qui corsète les transports publics, nous ne pouvons pas collecter les données de nos clients, qui paraissent encore plus intimes que les données bancaires.

Andreas Meyer

Le patron des CFF tente de les convaincre, en assurant la «protection absolue», de leur «confiance légitime pour les données concernant les déplacements». Les données de voyage seront anonymisées et non communiquées à des tiers. Mais si les clients donnent leur consentement, d’autres prestations pourront être offertes, par exemple le dédommagement des titulaires d’un abonnement général victimes d’une interruption de trafic. Porte-parole du préposé fédéral, Silvia Boehlen précise que «tout traitement de données personnelles doit respecter les principes de la proportionnalité, de la finalité et de la transparence. Si les CFF veulent collecter des données à des fins supplémentaires, par exemple un profilage, ils doivent demander un consentement à cette fin, qui doit être donné de manière libre et éclairée. En outre, les personnes concernées doivent avoir à tout instant la possibilité de faire valoir leur droit d’opposition.»

Acteurs privés mieux lotis?

Les CFF s’estiment moins bien lotis que certains acteurs privés. Andreas Meyer l’a dit dans le cadre d’une table ronde organisée fin février à Zurich par l’association Avenir Mobilité. «Nous sommes de pauvres hères. A cause de la surréglementation qui corsète les transports publics, nous ne pouvons pas collecter les données de nos clients, qui paraissent encore plus intimes que les données bancaires. Les exploitants de systèmes de navigation ou la branche des télécommunications ont bien plus d’informations sur leurs clients que nous», s’est-il étonné. Il répondait à la représentante de TomTom, Ase Elvebakk. Elle expliquait que sa société investissait des sommes importantes dans l’utilisation intelligente des données fournies par les GPS. Ainsi, parce qu’elle dispose d’un nombre élevé d’informations, la société TomTom se sentait parfois dans le rôle d’un «gestionnaire de trafic». Silvia Boehlen précise cependant que les entreprises privées doivent respecter les mêmes règles que les CFF. A l’heure où l’on envisage de plus en plus la conduite autonome par véhicules interconnectés, l’enjeu est de taille. Celui qui possédera le plus d’informations se positionnera fortement sur le marché.

De son côté, l’administration fédérale veut encadrer cette évolution. L’Office fédéral des transports (OFT) veut créer les conditions-cadres qui permettront aux clients de profiter des nouvelles possibilités offertes par la technologie et la numérisation. «Les clients veulent des offres complètes multimodales, simples à acheter, ainsi que les informations nécessaires pour planifier leurs déplacements: prix, horaires, situation du trafic en temps réel», explique l’OFT. L’objectif prioritaire du Conseil fédéral sera de rendre ces données de base plus accessibles. Mais cela ne concerne que les informations liées à l’exploitation des transports, pas celles des clients, insiste l’OFT.

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