L’annonce du départ, après moins de dix-huit mois, de Jacques Boschung de la division Infrastructure confronte les CFF à un problème que l’entreprise a cherché à éviter: le renouvellement de trois postes directoriaux clés en l’espace de quelques mois.

«Nous avions établi une planification claire avec Andreas Meyer concernant la direction pour les années à venir», confie la présidente du conseil d’administration, Monika Ribar, jointe mardi par Le Temps. Le précédent chef de l’Infrastructure, Philippe Gauderon, a été remplacé au début de 2019 par Jacques Boschung, venu de l’informatique et des télécommunications (Dell EMC).

Environnement et culture différents

Il était ensuite prévu qu’Andreas Meyer s’en aille en 2020 et que le pilote de la division Voyageurs Toni Häne, qui a remplacé Jeannine Pilloud en 2018 et fête ses 65 ans cette année, prenne sa retraite au plus tard en 2021. Andreas Meyer a annoncé sa démission pour fin mars 2020 et Vincent Ducrot lui a succédé le 1er avril, en pleine tourmente sanitaire et économique. Tout semblait rouler comme prévu.

L’annonce, lundi, du départ de Jacques Boschung bouleverse le calendrier. Selon le communiqué des CFF, il va «relever un nouveau défi professionnel hors des CFF» et «vise un poste à responsabilité dans un autre contexte». Il s’en va à la fin du mois.

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Comment Monika Ribar explique-t-elle cette décision? «Les CFF sont une entreprise un peu particulière. Or, Jacques Boschung venait d’un environnement et d’une culture très différents», analyse-t-elle.

Virage numérique

Ces différences culturelles auraient généré quelques tensions, selon plusieurs sources. Cela n’a toutefois pas empêché Jacques Boschung de déposer sa candidature pour remplacer Andreas Meyer, avant de la retirer en constatant que ses chances de succès étaient minces. Il s’est aussi intéressé à la succession de Vincent Ducrot à la direction des Transports publics fribourgeois (TPF). Mais le conseil d’administration du groupe a désigné un homme du sérail, Serge Collaud, déjà membre de la direction des TPF.

Jacques Boschung sera remplacé de manière intérimaire par son suppléant, Rudolf Büchi, puis, dès le mois d’août, par Peter Kummer. Cet économiste et informaticien de 54 ans dirige la division Information des CFF et a piloté la numérisation du groupe.

Monika Ribar explique ce choix: «La digitalisation prend de plus en plus d’importance, aussi dans le domaine de l’infrastructure. Je rappelle le programme Smartrail 4.0 que nous avons lancé.» Peter Kummer étant alémanique, la représentation des minorités est assurée par le CEO lui-même, Vincent Ducrot. En revanche, et contrairement au conseil d’administration, la direction du groupe ne compte aucune femme depuis le départ de Jeannine Pilloud à fin 2017.

Aura-t-on besoin de ces 13 milliards?

La présidente l’admet: le départ de Jacques Boschung intervient à un moment délicat. «Ce n’est pas très bon que quelqu’un quitte une position aussi importante après un an et demi. J’en conviens. Mais c’est mieux quand on constate que sa position actuelle n’est pas satisfaisante», commente-t-elle. Cet échec n’est pas le premier: en 2010, Jürg Schmid, venu de Suisse Tourisme, n’a dirigé l’unité Voyageurs que quelques mois.

La division Infrastructure a devant elle de grands défis. Le parlement a voté une nouvelle tranche d’investissement de plus de 13 milliards de francs. C’était avant le coronavirus et le ralentissement de la mobilité qu’il a provoqué. Celle-ci peine à redémarrer. Aura-t-on besoin d’autant d’argent pour agrandir le réseau ferroviaire? Nul ne peut le dire. «Il faudra voir si la demande se développera comme on l’a imaginé il y a deux ou trois ans. Mais il s’agit d’une question stratégique, que nous devrons discuter avec la politique», analyse Monika Ribar.