Les CFF ont-ils encore une marge de manœuvre pour étendre leur offre? Jeudi, la compagnie ferroviaire a présenté son horaire 2009, dont les innovations se concentrent aux heures de pointe et sur les lignes à forte demande. L'extension de l'horaire cadencé, elle, attendra des jours meilleurs.

«Le nombre de voyageurs qui optent pour le rail comme moyen de locomotion ne cesse d'augmenter», se félicite Paul Blumenthal, directeur du trafic voyageurs des CFF. Pour preuve, depuis l'introduction de Rail 2000, en décembre 2004, le nombre d'abonnements généraux émis enregistre un nouveau record, avec 350000 unités en circulation, soit une augmentation de 25% en l'espace de trois ans.

Des trains de 439 mètres

Mais la forte croissance de la clientèle conduit inévitablement à une raréfaction des places assises, avant tout aux heures de forte affluence. Victimes de leur succès, les CFF tentent néanmoins d'améliorer la situation avec l'horaire 2009.

Les dirigeants des CFF ont, cette année, été particulièrement attentifs aux pendulaires de Suisse romande. Le 14 décembre prochain, les voyageurs disposeront de trains additionnels entre Lausanne et Genève, ainsi qu'entre Neuchâtel et Lausanne (voir infographie). Les noctambules et les lève-tôt disposeront de nouvelles correspondances à l'aube comme en fin de soirée. En outre, plusieurs Intercity, entre Genève et Saint-Gall notamment, verront leur composition passer à 15 voitures, contre 10 à 12 aujourd'hui. Le nouveau convoi de 439 mètres nécessitera la traction d'une deuxième locomotive, placée en milieu de train. En direction du Valais, des trains de dédoublement seront mis en service durant les week-ends pour les sports d'hiver ou les excursions estivales.

Milan se rapproche enfin

Sur le plan du trafic international, deux liaisons gagneront en rapidité. Les voyageurs au départ de Lausanne, tout d'abord, rallieront Paris 15 minutes plus rapidement. Par contre, la question de la ligne ferroviaire des Carpates entre Bourg-en-Bresse et Bellegarde, destinée à raccourcir le trajet entre Genève et Paris de 30 minutes, n'a même pas été abordée.

Mais le changement le plus significatif interviendra sur la ligne Genève-Milan. Avec l'introduction de l'horaire 2008, les usagers romands ont eu la mauvaise surprise de constater que seuls les trains au départ de Berne pour la Lombardie bénéficiaient d'une diminution de leur temps de voyage. Pire, leur trajet s'est même vu allongé d'une trentaine de minutes. La raison de cette différence de traitement? La construction des rames ETR 610 Cisalpino destinées à ce parcours avait pris du retard, et tous les trains rapides disponibles ont été affectés à la nouvelle ligne du Lötschberg, jugée prioritaire.

Bonne nouvelle: Alain Barbey, le directeur de Cisalpino, annonce que cette dégradation de l'offre sera gommée. Dès décembre, sept nouvelles rames ETR 610 seront livrées. Ainsi, deux des cinq trains quotidiens pour Milan rejoindront leur destination en 3h45, soit un gain de 43 minutes. Par ailleurs, l'offre sera étayée dans le courant de l'année au fur et à mesure des livraisons des dernières rames.

Au bord de la saturation

«Nous atteignons les limites de capacité de notre réseau», a toutefois prévenu Vincent Ducrot, responsable du trafic voyageurs CFF grandes lignes. Pour augmenter sensiblement l'offre en places assises, les CFF n'ont qu'une seule option: miser sur l'acquisition de nouveaux trains et voitures. Paul Blumenthal parle d'ailleurs d'investissements à hauteur de 11 milliards de francs jusqu'en 2030 dans du matériel roulant.

Roger Nordmann, conseiller national socialiste vaudois et spécialiste des questions de transports, salue le fait que les «CFF essaient d'exploiter au mieux le réseau». Néanmoins, le socialiste constate que les améliorations restent bénignes. «Le véritable progrès consisterait à passer à un horaire cadencé au quart d'heure», analyse-t-il. Une étape qui dépend essentiellement des priorités données par le politique pour élargir le réseau.