chemin de fer

Les CFF veulent investir 22,5 milliards de francs dans la mobilité du futur

Dopés par leur secteur immobilier, les CFF ont réalisé un bon exercice 2016. Ils s'engagent à investir massivement pour réussir le virage numérique et faire face à leurs nouveaux concurrents 

2016, année du rail? «Nous n’avons jamais autant transporté de personnes. Nous avons amélioré notre ponctualité malgré les travaux. Nous avons aussi beaucoup progressé dans le secteur marchandises», s’est réjouit le directeur des CFF, Andreas Meyer, mardi matin à Berne. Côté réjouissances, l’inauguration très suivie dans toute l’Europe du tunnel ferroviaire de base du Gothard en juin dernier complète le tableau. «Nous voulons faire du Gothard une source de force pour les prochaines années. Nous en avons besoin, nous faisons face à beaucoup de défis», enchaîne Andreas Meyer.

(Re)voir en vidéo: Notre discussion entre les internautes et Andrea Meyer, en décembre dernier.

L’immobilier en sauveur

Dans le détail, le résultat 2016 des CFF s’est établi à 381 millions de francs (+55% par rapport à 2015). Mais il faut tempérer quelque peu les ardeurs: en 2014, les CFF avaient réalisé un résultat de 373 millions avant de plonger en 2015. Les bons chiffres de l'an dernier sont à attribuer à plusieurs facteurs: CFF Cargo a renoué avec les chiffres noirs (+1 million), après un mauvais résultat en 2015 (-22 millions). Les CFF peuvent compter encore une fois sur la santé de leur secteur immobilier (+26%), tandis que la location de surfaces dans les gares cartonne elle aussi. La vente de terrains et de biens se poursuivra d'ailleurs. «Seuls les biens stratégiques seront conservés», indique Christoph Hammer, le responsable des finances des CFF.

Plus décevant, le taux de couverture de l’endettement reste en dessous des objectifs fixés par la Confédération. Les CFF l’expliquent par un versement unique pour stabiliser la Caisse de pensions de 690 millions de francs ainsi que par un effort particulier de 123 millions de francs puisé dans ses propres fonds pour l’infrastructure. «C’est la dernière fois», a précisé Andreas Meyer. La convention de prestations 2017-2020 conclue entre la Confédération et l’ex-régie financera à l’avenir l’entretien du réseau, dont l’état de la voie ferrée reste considéré comme «passable». 

22,5 milliards dans l'innovation

La suite? En parallèle des grands travaux, dont Léman 2030, les CFF veulent être leader dans la mobilité du futur (offre intégrée, véhicules autonomes, etc.) et se repositionner par rapport à la nouvelle concurrence, notamment celle des bus longues distances. Ils investiront 22,5 milliards de francs jusqu’en 2020 dans des innovations ciblées. Un chiffre fou? Andreas Meyer s’empresse de préciser. «Près de 80% de ces 22,5 milliards seront investis dans le rail dit traditionnel». A savoir le matériel roulant, l'infrastructure, l’amélioration de la connectivité, la requalification du personnel, etc. Signe des temps, pour la première fois l'an dernier, la vente de billets sur l'application Mobile CFF a dépassé les ventes au guichet.

Si les CFF se montrent ouverts à la discussion et la collaboration par rapport aux nouveaux acteurs de la mobilité, ils adoptent une posture plus ferme sur leur corps de business. Ils se défendront pour garder leur monopole sur de grandes lignes, alors que les concessions sont convoitées par l’entreprise BLS. «La Suisse n’est pas un grand pays. Il y a des lignes sur lesquelles on gagne, d’autres sur lesquelles on fait du déficit. Si quelques lignes sont ouvertes à la concurrence, il faut être très clair sur les conséquences», prévient Monika Ribar, la présidente du groupe.

Lire aussi: «Le monopole des CFF n’est plus justifié»

Personnel en mutation  

Le tournant numérique pris par les CFF, comme la volonté de l'entreprise de baisser ses coûts globaux, aura des conséquences sur le personnel. Avec Railfit 20/30, l'ex régie a annoncé vouloir supprimer 1400 postes d’ici 2020. Le programme suit son cours. «RailFit n’est pas qu’un programme d’économies, mais aussi un changement dans la structure du personnel», affirme Monika Ribar.

L'inquiétude du syndicat

Pour le Syndicat du personnel des transports, «les mesures d’économies prévues par RailFit 20/30 vont mettre en danger la qualité des prestations». Les bons résultats 2016 des CFF – amélioration de la satisfaction de la clientèle et de la ponctualité – sont à mettre sur le compte des prestations du personnel et d’une entreprise qui fonctionne bien actuellement, ajoute le syndicat. Si les voyageurs se disent légèrement plus satisfaits, le personnel l'est quant à lui légèrement moins. «Je peux le comprendre, admet Andreas Meyer. Il y a beaucoup de changements.»

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