Le Chablais pleure sa presse écrite. Début mai, l’hebdomadaire Le Régional disparaissait, faute de liquidité, alors que, quelques mois plus tôt, c’est le bimensuel Le Vendredi qui cessait de paraître. Président de Chablais Région, l’organisme de développement intercantonal, et de la commune de Collombey-Muraz, Yannick Buttet déplore l’insuffisance de couverture médiatique de sa région. Pour lui, «il y a, aujourd’hui, un gros manque en termes d’informations locales dans le Chablais». Mais ce bout de terre mi-vaudois, mi-valaisan est-il réellement oublié des médias?

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Pour Vincent Fragnière, rédacteur en chef du Nouvelliste, la perception d’un désintérêt des médias pour le Chablais existe depuis longtemps, mais elle n’a pourtant pas lieu d’être: «Nous y déployons les mêmes forces que dans les autres régions du canton et, dans les faits, il n’y a pas moins d’articles sur le Chablais que sur la région de Martigny par exemple.» Mais il est vrai que le quotidien valaisan, tout comme son homologue vaudois 24 heures, ne s’aventure que rarement de l’autre côté du Rhône, qui fait office de frontière cantonale.

Le seul média qui, actuellement, fait ce pont entre les deux cantons, c’est Radio Chablais, créée en 1984 par les communes de la région au travers de l’association du Chablais. Pourtant, Vincent Fragnière est persuadé que, si ça n’a pas toujours été le cas par le passé, aujourd’hui il y a un terreau fertile pour un média de presse écrite intercantonal. «C’est un besoin absolu», insiste Yannick Buttet.

Deux projets en réflexion

Ce besoin pourrait être comblé dans les mois qui viennent, deux projets étant en gestation. Deux journalistes de la région, Valérie Passello et Fabrice Zwahlen, pourraient lancer le 1er août, sous forme numérique, La voix du Chablais. De son côté, le groupe ESH Médias – qui possède Le Nouvelliste, ArcInfo ou encore La Côte – n’a pas abandonné son idée, initialement née en partenariat avec Le Régional, de lancer un hebdomadaire gratuit.

Directeur général de Radio Chablais, Florian Jeanneret est persuadé qu’il «y a de la place pour tous ces médias», mais il précise que, par contre, «il n’y a pas forcément les capacités pour tous les financer», le marché économique régional étant restreint. Les porteurs des deux projets en sont conscients et savent que l’appui des communes est nécessaire pour que leur titre voie le jour. Fabrice Zwahlen souligne avoir sollicité les 28 présidents et syndics de la région afin d’obtenir un soutien annuel de 3 francs par habitant: «Nous sommes conscients de l’effort demandé à la collectivité, mais cela représente moins d’un café par personne.»

Cela rapporterait 300 000 francs au média, une somme identique à celle octroyée à Radio Chablais. Mais ce financement se ferait à condition que les communes puissent avoir un certain regard sur sa gestion. «Mais pas sur sa ligne rédactionnelle», souligne Yannick Buttet, qui sent les communes plus favorables au projet porté par les deux journalistes locaux qu’à celui d’ESH Médias. Elles en parleront en juin, lors de la prochaine séance de Chablais Région.


Deux gazettes en gestation sur la Riviera

Plus d’une semaine après l’annonce du dépôt de bilan du Régional, qui aurait dû célébrer son quart de siècle cette année, une certaine amertume demeure chez Elina Leimgruber. Pour la syndique de Vevey, «la disparition de l’hebdomadaire crée un manque». Si l’actualité de sa région sera toujours traitée par le quotidien cantonal 24 heures, l’ancrage local du Régional et sa distribution en tous-ménages lui conféraient un statut particulier.

Au bout du fil, l’élue verte sait toutefois que ce vide laissé par le journal aujourd’hui disparu pourrait être bientôt comblé, car, sur la Riviera, deux gazettes mensuelles – l’une pour Montreux et ses alentours (7000 exemplaires), l’autre pour Vevey et sa région (12 000 exemplaires) – pourraient voir le jour dans les semaines qui viennent. Initialement prévue pour la mi-mars, la sortie de presse de ces tous-ménages distribués gratuitement a été différée en raison de la pandémie de Covid-19 et devrait normalement se faire le mois prochain.

«L’intérêt de la population est important. Je reçois de nombreuses propositions spontanées d’articles», se réjouit Patrizia Rodio. La journaliste indépendante a été mandatée par un éditeur sédunois qui publie déjà plusieurs titres similaires en Valais. Elle sera chargée de rédiger le contenu des deux mensuels, dont le financement se fera uniquement au travers de la publicité. Mais, «en cette période difficile, les entreprises auront-elles les moyens de payer des annonces?» s’interroge Patrizia Rodio. Impossible d’y répondre aujourd’hui. G. B.