La campagne électorale pour les élections communales de mars 2011 va investir le centre-ville d’Aigle. Littéralement. «Depuis un demi-siècle, le cœur du bourg n’a pas changé», note le syndic radical Frédéric Borloz. La population, sondage à l’appui, et les élus sont unanimes: il faut le «dynamiser».

Bien sûr, suivant les bords politiques, les priorités changent. Le PLR met l’accent sur le développement économique. La gauche évoque plutôt le logement. L’UDC insiste sur la sécurité.

Le législatif vient d’adopter deux crédits d’étude afin d’en esquisser l’avenir. Le dédale des rues serrées rêve d’une vie haletante. Aujourd’hui, il se morfond éloigné de la masse imposante de son château et à l’écart de la gare. Ample, sécurisée et moderne, celle-ci vient d’être remodelée. Les grands trains s’y arrêtent. Les touristes courent les pistes des stations voisines.

Un centre-ville enfin animé donnerait le ton à la cité phare du Chablais vaudois qui craint de devenir un dortoir pour pendulaires en mal de logements sur la Riviera à l’ouest ou dans le canton de Fribourg au nord. Après une tentative avortée de fusion avec des localités riveraines, Aigle retrouverait des couleurs. Et quelques arguments à opposer à Monthey, « rivale » valaisanne de 20000 âmes et partenaire d’une future agglomération.

Mais au-delà du centre-ville, les élections de mars diront comment et avec qui la ville et le Chablais comptent assumer leur évolution récente. En une dizaine d’années, dénombrent les statistiques cantonales, la population d’Aigle a augmenté de 10%. Avec la commune, tout le Chablais vit un boom démographique vertigineux. La disponibilité de lotissements constructibles et les prix modérés des terrains ont séduit les promoteurs. Le futur hôpital intercantonal Riviera-Chablais, qui surgira sur la commune de Rennaz, va accélérer le mouvement. A la barbe d’un rapport mitigé du Credit Suisse critiquant une certaine lourdeur fiscale, l’emploi ne manque pas. Plus ou moins 4500 places en ville, calcule Frédéric Borloz.

Or, Aigle, forte de 8800 habitants, est solidement en mains bourgeoises, à l’image des la plus grande partie des autres communes du district. Alternatives, éclôt en 2005, avait ravi certes un siège aux quatre radicaux en place à l’exécutif. Mais le regroupement inédit de jeunes citoyens appartient à la même famille politique tout en se proclamant « centriste et indépendant ». Un socialiste occupe le dernier fauteuil municipal.

Cependant, ce monde pétri de pragmatisme et de consensus – entre lac, vignes, industries, plaine et sommets – risque gros en mars. Au conseil communal de 70 sièges, les forces traditionnelles avaient égarés en 2006 plusieurs strapontins. L’envie de renouveau avait profité à Alternatives (+10) et à l’UDC (+7). Or, le scrutin du printemps pourrait attaquer encore davantage ce rempart qui a su résister mieux qu’ailleurs à l’érosion des partis bourgeois.

Pour mars 2011, l’UDC a de l’appétit. Et les socialistes se font pressants. Du coup, tout est possible. Un exécutif monocolore de droite, un rééquilibrage à gauche comme un statu quo miraculeux.

L’UDC, fossoyeur du projet de fusion entre Aigle, Yvorne et Leysin, compte capitaliser le succès populaire obtenu dans les urnes le 28 novembre 2010. Trois candidats sont en lice à la Municipalité. Dylan Karlen, responsable du parti dans la Chablais et candidat à l’exécutif de Villeuneuve, où les radicaux pourraient se faire malmenés par un PS en verve, annonce des objectifs clairs : doubler partout les élus aux Parlements citadins. Le résultat couronnerait dans les urnes la stratégie tentaculaire de l’UDC. En peu de temps, les sections locales ont proliféré.

La gauche - PS et POP seulement, les Verts naissant se tournent plutôt vers Alternatives - part au front en tandem et brigue deux sièges. Ils s’inspirent de leurs camarades de Bex. En 2006 les socialistes avaient placé quatre hommes sur sept à l’exécutif de la ville du sel, une exception dans la géographie conservatrice du Chablais.

Pris en étau, le Parti libéral radical fusionné, contraint de remplacer un magistrat, propose une liste à quatre. Frédéric Borloz, peut-être futur candidat au Conseil national, l’emmène. Le député, optimiste, ne croit pas à un raz-de-marée de l’UDC.

Alternatives perd sa municipale happée par son destin professionnel. Le mouvement défendra surtout ses acquis, convoités par tous les autres.