La mobilisation estudiantine dans les gradins de la salle du parlement neuchâtelois est finalement restée sans effets. Le Grand Conseil a accepté par 90 voix contre 13 le mandat d'objectif confié à l'Université de Neuchâtel pour la période 2005-2008. Conséquence: les chaires de grec ancien et d'italien sont abandonnées, comme l'avait décidé le rectorat, soutenu par le Conseil de l'Université et le Conseil d'Etat. Cette décision met un point final à un feuilleton initié à la fin de l'an dernier. A l'époque, la colère des étudiants, de la communauté italienne et du Conseil d'Etat tessinois avait rencontré un écho national. Le soufflé n'est pas retombé: la Radio et la Télévision suisse italienne étaient présentes hier tout exprès pour l'occasion.

Seuls une majorité du groupe PopEcoSol et quelques socialistes ont refusé le mandat d'objectif, discuté pour la première fois suite à l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l'université. Italien d'origine, Giovanni Spoletini (PS) a vainement plaidé la cause de sa langue maternelle: «On ne peut pas discuter du problème de l'italien en le limitant au Pays de Neuchâtel. Le débat englobe les trois langues nationales. Nous devons donner un signal politique fort. Ne soyons pas la première université de Suisse à supprimer son institut d'italien.»

«On réforme et on survit»

L'argument identitaire et culturel n'a infléchi ni les partis de droite, ni Thierry Béguin. Avec sa verve habituelle, le chef de l'Instruction publique a souligné l'importance du projet «afin d'assurer la présence d'une université à Neuchâtel dans dix ans». Pour le magistrat radical, il n'y a pas le choix: l'évolution du monde académique, portée par le processus de Bologne et la loi fédérale d'aide aux universités, nécessite de faire des choix. «On réforme et on survit, ou, comme les dinosaures on disparaît, faute d'avoir su s'adapter.»

Les chaires de grec et d'italien n'ont pas été choisies par hasard. Sans professeur titulaire, peu fréquentées, elles faisaient figure de victimes idéales dans le processus de mise en place de pôles d'excellence prôné par la Déclaration de Bologne. L'italien, par exemple, n'a enregistré que 64 inscriptions dans l'ensemble de la Suisse en 2004. «Depuis 1997, la baisse est constante», a souligné Thierry Béguin, rappelant qu'à l'échelon inférieur, la mise en place d'une maturité bilingue italien-français avait été abandonnée par le canton «faute de combattants».

Pôles d'excellence renforcés

Le conseiller d'Etat radical a accepté un seul reproche: celui d'avoir pris une décision alors même qu'il n'existe pas de gouvernance au niveau fédéral à même de coordonner les réformes menées par les cantons dans leurs Hautes écoles. «Mais si chacun attend que les autres s'y mettent, personne ne fera le premier pas, a-t-il estimé. Et pour Neuchâtel, petite université de 3300 étudiants, il est plus urgent de se lancer que pour d'autres.»

Peu convaincu de prime abord, le groupe socialiste au Grand Conseil s'est finalement rangé aux arguments du gouvernement cantonal. Le pragmatisme politique et la garantie – déjà donnée – du maintien de l'enseignement du grec et de l'italien pour les étudiants qui n'ont pas fini leur cursus ont fait pencher la balance. Pour le reste, tous les groupes ont souligné la pertinence des priorités fixées par le nouveau recteur, Alfred Strohmeier. Avec trois projets forts: la création d'une Maison d'analyse des processus sociaux (regroupant notamment l'ethnologie, la géographie et l'étude des migrations) et le renforcement des pôles d'excellence que sont la microtechnique et la biologie végétale.