En contact avec des corps de défunts contaminés ou suspectés de l’être, les employés des pompes funèbres appliquent des consignes rigoureuses qui entravent une part de leur métier: accompagner les proches dans cette période particulièrement difficile.

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«Nous avons la sensation d’être des machines qui exécutent», confie Sarah Joliat, directrice des Pompes funèbres du Léman. Un sentiment partagé par Pierre de Mestral, directeur des Pompes funèbres Cassar. «L’humanité est notre valeur principale et nous avons l’impression de ne plus pouvoir la respecter.» Pour cause, la mécanique mise en place et l’absence de contact. «C’est la première fois en vingt ans de carrière que j’organise les funérailles d’une personne sans avoir jamais vu ses proches», dit-il.

Scénario en cas d’augmentation des cas de Covid-19

Les échanges se font par téléphone et les formalités administratives par e-mail. Les employés vont voir les défunts vêtus de masques, de blouses, de gants, de charlottes et de lunettes. Ils désinfectent leurs véhicules et les cercueils. En cas d’augmentation des cas de Covid-19, un scénario a été élaboré avec l’Etat de Vaud et les entreprises du secteur pour pouvoir prendre en charge les défunts en s’appuyant sur des auxiliaires et la protection civile. «En mars, plus de la moitié des défunts étaient des cas de Covid-19», détaille-t-il.

Les mesures sanitaires imposées par Berne interdisent les rassemblements de plus de cinq personnes. Assister à l’incinération ou à l’enterrement d’un proche en fait partie. «Seule la famille proche est autorisée et ils doivent choisir parmi eux qui sera présent, constate-t-il. C’est un choix impossible.» Selon les croyances du défunt, le pasteur par exemple occupe déjà une place et le croque-mort une deuxième. Cette mesure sera assouplie dès le 27 avril.

En attendant, «plusieurs cérémonies ont eu lieu sans personne, poursuit-il. Nous en organisons plus de quatre par jour, c’est du jamais vu.» Des avis funéraires demandent aux proches du défunt d’allumer une bougie chez eux ou d’avoir une pensée pour lui à une heure précise. La majorité des familles opte alors pour des «funérailles du souvenir», soit une cérémonie avec l’ensemble de la famille après le déconfinement dans un lieu religieux ou en plein air.

Cérémonies en vidéo

Pour les absents, les pompes funèbres proposent également une captation de l’événement. «Nous faisions des vidéos en direct, mais cela brise l’intimité de l’instant, car des inconnus peuvent avoir le lien, constate Pierre de Mestral. Nous préférons enregistrer une vidéo.» Les Pompes funèbres du Léman font appel à une photographe qui filme et capture en images les obsèques.

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Sur place, les proches doivent se plier à certaines règles dont la distance sociale, l’entrée à tour de rôle dans la chambre de recueillement, mais aussi l’interdiction de toucher et d’embrasser le défunt, ou de porter son cercueil. «C’est très dur pour eux et cela pourrait laisser des séquelles psychologiques», redoute Pierre de Mestral. «Pour qu’ils puissent le voir une dernière fois, nous posons une vitre sur le cercueil», ajoute Sarah Joliat.

Les proches doivent également renoncer à certaines de leurs volontés: les vêtements du défunt doivent être simples à enfiler, les soins de conservation et la chirurgie réparatrice ne peuvent avoir lieu et les gerbes se composent avec les fleurs à disposition.