L'appellation suisse «Champagne» est morte avec l'entrée en vigueur des accords bilatéraux. Depuis le 1er juin dernier, la Cave des viticulteurs de Bonvillars (CVB) a dû retirer de la vente les bouteilles de chasselas qui portaient le nom du petit village du Nord vaudois. Lors des négociations avec l'Union européenne en 1999, la Suisse a dû sacrifier l'appellation vaudoise des 28 hectares de vigne pour ne pas faire de l'ombre au géant champenois et ses 27 000 hectares. Désormais, la CVB commercialisera son vin en l'estampillant «Libre-Champ».

Le nouveau nom a bien sûr valeur de symbole. Et le président de la CVB, Daniel Taillefert, ne s'en cache pas. «Le mot «Libre-Champ» fait évidemment référence à la liberté du viticulteur. Et le nom «champ» renvoie à la terre cultivée, mais c'est également le début de notre ancienne appellation», explique le Vaudois. D'ailleurs, le mot «campagne», ancienne appellation du village, apparaît à plusieurs reprises en filigrane. Histoire de montrer que le petit village d'irréductibles Vaudois n'a pas encore digéré le diktat helvético-européen, qui a rayé de la carte viticole une histoire vieille de plusieurs siècles.

Recours à Luxembourg

Trente mille nouvelles étiquettes ont ainsi été imprimées. L'enjeu est de taille. La cave a encore 100 000 litres de feu «Champagne» à écouler. Daniel Taillefert espère ainsi que la nouvelle appellation et le tapage médiatique dope les ventes. «Nous ne savons pas comment le consommateur réagira, s'inquiète Daniel Taillefert. Vous savez, le capital sympathie qui est ponctuellement tombé sur le vin de Champagne disparaît très vite. Les semaines passent et les consommateurs oublient le combat que nous menons depuis cinq ans pour tenter de faire survivre l'association entre un vin et son village de production.»

La CVB espère d'ailleurs récupérer rapidement le nom de «Champagne». Un recours contre l'interdiction d'utiliser cette appellation a été déposé auprès d'un tribunal de première instance à Luxembourg. La cour est entrée en matière. Elle pourrait se prononcer encore cette année.

La CVB lutte depuis 1999 pour conserver l'appellation «Champagne». Au moyen d'actions en justice, les producteurs français avaient tenté en vain de faire renoncer les Suisses à leur vin blanc d'apéritif, qui ne ressemble au célèbre mousseux ni dans les cépages utilisés ni dans les méthodes de vinification. La voie juridique bouchée, les Français ont réussi à faire passer leurs revendications dans le paquet agricole des bilatérales. Dans le dernier marchandage, on sacrifia la petite appellation viticole pour permettre à la défunte Swissair de bénéficier de marges de manœuvre supplémentaires dans le ciel européen.