Il semble bien que le PDC genevois marine au purgatoire. Son étoile, Guillaume Barazzone, a pâli, plongeant le parti dans l’incertitude. Les élections fédérales approchant, les cartes pourraient être rebattues pour éviter la casse. Le jeu tient dans les mains de Vincent Maitre, le président du parti, un proche de Guillaume Barazzone – même génération, mêmes convictions. S’il a dans un premier temps défendu le conseiller administratif et conseiller national sur son voyage à Abu Dhabi, il se montre aujourd’hui plus circonspect, s’agissant de ses notes de frais désinvoltes au mieux, fautives au pire.

Lire aussi: Guillaume Barazzone et son voyage à Oman

«Prêt à tout lâcher»

«Le parti va très, très mal, c’est la bagarre générale», souffle un de ses membres. De fait, certains aimeraient voir les talons de Guillaume Barazzone. Ils murmurent que l’intéressé, devenu trop encombrant, pourrait prendre rapidement une décision quant à son avenir politique, caressant l’espoir qu’il renonce à se représenter aux fédérales comme à la ville, dans le sillage de la conseillère aux Etats vaudoise Géraldine Savary. «J’ai l’impression qu’il est prêt à lâcher, dit un membre du PDC. Même si sa sortie de route est aussi la faute du parti, qui a permis que ses champions deviennent des enfants gâtés à qui on passait tout.» Les tenants de ce discours prennent peut-être leurs désirs pour des réalités, dans leur hâte à remplacer le calife. Car il reste à Guillaume Barazzone d’autres options. Comme celle de calmer l’anxiété en s’engageant à renoncer à se représenter dans le cas où la procédure ne serait pas classée par le Ministère public.

Lire également: Il souffle un vent de discorde au PLR genevois

Et puis il lui reste de nombreux soutiens. La députée au Grand Conseil Anne-Marie von Arx-Vernon met en balance la solidité d’un bilan face à un égarement mineur: «Quand on est au PDC, on ne jette pas les gens à la poubelle, surtout quand ils ont reconnu avoir fait une bêtise et qu’ils l’ont réparée. Et quand, en plus, ils affichent un bon bilan.» La députée lorgne aussi du côté de Berne, le PDC visant un second siège au National, même si l’affaire paraît mal partie. Selon un récent sondage de la SSR, le PDC suisse est en perte de vitesse, à 10,1% (-1,5 point) à un an des élections fédérales. Les Verts et le PLR rêvent de danser sur sa dépouille. Il n’en fallait pas plus pour que l’inénarrable ancien conseiller d’Etat Luc Barthassat se remette en selle, avec l’élan de celui qui se voit en homme providentiel. Ce qui complique encore la donne, car il fatigue une bonne partie des troupes.

Contraint aux conjectures, le PDC prend son mal en patience. La liste des candidats au Parlement fédéral attendra, alors que le PLR, de son côté, s’est déterminé la semaine dernière. Il faudra sans doute patienter au-delà de l’assemblée générale du 6 décembre, Vincent Maitre estimant que la hâte n’est pas une vertu cardinale en politique: «Nous n’aurons à cette date probablement pas arrêté les noms des candidats, explique le président. Nous allons en revanche présenter une stratégie globale, une politique à défendre et un nombre de candidats à désigner. Ceux-ci devront incarner notre message, dans un souci de cohérence.» Nul doute qu’au-delà des citations convenues, Vincent Maitre fait face à un dilemme: laisser les vieilles gloires (comme Guy Mettan, Bertrand Buchs ou Anne-Marie von Arx-Vernon) occuper le terrain, ou faire le ménage en poussant de nouvelles têtes. Un pari gagnant pour autant qu’il soit compris comme une remise en question du parti, mais qui pourrait tout aussi bien s’avérer casse-pipe si les délégués s’avisaient de torpiller le renouveau.

«Nous portons une voix différente»

Il est là pourtant, et il piaffe: une nouvelle aile, jeune et féminine, qui pourrait damer le pion aux caciques. La députée au Grand Conseil Delphine Bachmann par exemple, très profilée sur la santé, thème de prédilection du PDC: «Il n’y a pas de franche opposition entre notre nouvelle génération et les anciens. Mais nous portons une voix différente, sur la politique familiale ou l’égalité salariale. Quel message donnerait le parti s’il n’y avait pas de place pour nous? Nous pouvons donner envie aux jeunes de s’engager et de voter.»

Autre exemple, Marie Barbey, conseillère municipale en ville et cheffe de cabinet du conseiller d’Etat Serge Dal Busco: «Le National n’est pas ma priorité pour le moment. Mais les nouvelles têtes ne manquent pas, entre Béatrice Hirsch, Xavier Magnin, Cyril Huguenin ou Delphine Bachmann.» On peut aussi mentionner la conseillère municipale carougeoise de 27 ans Sophie Buchs. «Le parti est sous pression, résume Marie Barbey. Il a besoin d’une stratégie claire et novatrice. La présidence y travaille: elle est bien consciente des attentes à l’interne et à l’externe.»

Béatrice Hirsch, ancienne présidente du PDC, a d’ailleurs annoncé lundi sur Radio Lac être candidate à la candidature au Conseil des Etats. Verrait-elle d’un bon œil une campagne aux côtés de Guillaume Barazzone? «Il appartient au parti de savoir s’il a une place sur la liste avec une stratégie promue par le parti», a-t-elle répondu à l’antenne. Le message est assez clair. Pourtant, il n’est pas encore dit que Guillaume Barazzone aille à Canossa plutôt qu’à Berne. Certains se révèlent dans le combat.