Un heureux hasard a contribué à l’arrestation mercredi dernier à Lyon de trois malfrats qui, armés d’un pistolet 9 mm, s’étaient fait remettre en début de matinée le contenu de la caisse de la station Tamoil à la Croix-de-Rozon (GE). Le lieutenant Jean-Michel Aguilar, de la gendarmerie de Saint-Julien-en-Genevois, raconte la suite: «Gros coup de chance en effet car l’un de nos véhicules banalisés circulait au même moment avec notamment à son bord notre chef d’escadron, le commandant Alain Besson. A hauteur du technopôle d’Archamps (Haute-Savoie), nos collègues observent un véhicule roulant à vive allure en contresens. La patrouille qui ignore encore tout de l’attaque de la station-service demande l’authentification du véhicule contrevenant et le prend en chasse.» La course-poursuite sur l’autoroute A40 tourne court. La puissante Renault Megane de couleur noire – un véhicule signalé volé à Villeurbanne – sème les gendarmes. Elle défonce à plus de 120 km/h une barrière du péage autoroutier de Viry et poursuit sa course vers Lyon.

«Entre-temps, enchaîne l’officier, la police genevoise avise notre commandant du braquage de la Croix-de-Rozon et le lien est évidemment fait avec les fuyards.» Le plan Epervier 74 est déclenché, mobilisant la vigilance des gendarmes de Haute-Savoie et de l’Ain. «Il s’agit d’un véritable maillage, une sorte de toile d’araignée tissée, précise Jean-Michel Aguilar, avec des points fixes dressés et des patrouilles mobiles. La police genevoise est également mise en alerte au cas où les fuyards décideraient de brouiller les pistes en rebroussant chemin pour s’enfoncer en Suisse.» Les gendarmes de l’Ain repèrent la voiture du côté d’Ambérieu-en-Bugey. Le trio pulvérise une seconde barrière de péage au niveau de Beynost (près de Lyon). La brigade motorisée de l’escadron départemental de sécurité routière perd sa trace sur l’autoroute A42 car les fuyards sont sortis au péage de Balan. C’est finalement sur la route de Genève, la départementale 1084, qu’ils sont à nouveau repérés. «L’interpellation effectuée armes à la main a été rugueuse puisque les véhicules se sont percutés, deux gendarmes ont été sérieusement blessés», indique le lieutenant. A bord de la Renault Megane, trois ressortissants français nés en 1985, 1987 et 1988, connus des services de police, et habitant Vaulx-en-Velin et Villeurbanne (banlieue est de Lyon). La fouille du véhicule a permis de retrouver l’arme utilisée lors du braquage ainsi que le butin. «On se félicite de la coopération transfrontalière qui a conduit à ce dénouement positif, même si le facteur chance a joué dans ce cas», conclut Jean-Michel Aguilar. De son côté, Jean-Paul Borrely, du syndicat de police Alliance de Villeurbanne, insiste sur la meilleure collaboration entre les polices des deux pays. «On évoque un canal de communication commun, c’est bien, observe-t-il, mais il me semble que l’échange plus riche d’informations et un travail plus profond en renseignements sont la clé du succès en matière de lutte contre le banditisme. Et autant les Suisses que les Français paraissent enfin œuvrer dans ce sens.»