Collier de barbe, lunettes métalliques, costume gris: le Valaisan François Couchepin, 64 ans, radical et président de la «Société suisse des sciences administratives», a été durant huit ans une figure centrale quoique très discrète de la politique fédérale. Il quittera ses fonctions en décembre. En tant que Chancelier de la Confédération, François Couchepin a assisté à toutes les séances du gouvernement depuis 1991, a préparé l'agenda de la présidence et surveillé la circulation de tous les dossiers soumis au Conseil fédéral. Une tâche obscure qu'il a effectuée en partant du principe que «l'action d'un état-major est d'autant plus efficace qu'on en parle moins».

Le Conseil fédéral n'a pas manqué de saluer «l'abnégation» et la «modestie» de ce fidèle serviteur de l'Etat. Dans les couloirs de l'administration, cependant, on tire un bilan plus nuancé de l'action de François Couchepin. Certes, ce dernier laisse derrière lui des réalisations concrètes: le site Internet de l'administration (www.admin.ch), et le bunker du Conseil fédéral, un reliquat de la guerre froide enterré dans les Alpes bernoises, dont la Chancellerie a hérité du Département de la défense et dont elle a mené à bien la construction sans utiliser l'entier du budget prévu. Sa grande idée, la loi sur la réforme de l'administration et l'introduction de secrétaires d'Etat pour seconder les conseillers fédéraux, a cependant échoué en votation populaire. «C'était un bon projet que le Conseil fédéral et le parlement ont dénaturé», affirme-t-il aujourd'hui.

Des proches du Conseil fédéral lui reprochent surtout de n'avoir pas su freiner la tendance au «départementalisme» – chaque ministère défend ses intérêts et ses priorités au détriment de la cohérence de la politique générale. «En exagérant, on pourrait dire que la Suisse a sept chefs de département et pas de conseillers fédéraux», explique un initié qui ajoute que François Couchepin n'a pas eu le poids nécessaire pour affirmer les intérêts du collège gouvernemental face à la puissance des Départements, bien mieux dotés en hommes et en argent que la Chancellerie. Cette faiblesse s'est parfois traduite par un agenda chaotique pour le Conseil fédéral: «Les séances sont souvent mal planifiées, juge un proche du gouvernement, il arrive que des décisions importantes soient prises à la va-vite alors que d'autres jours, les conseillers fédéraux pourraient s'endormir sur leurs chaises à dix heures du matin.»

Reproches

François Couchepin se félicite de n'avoir, en huit ans, commis qu'une seule erreur manifeste: la faute de traduction qui a failli invalider le vote sur l'initiative populaire «propriété du logement pour tous», en février dernier. Mais d'autres observateurs lui reprochent d'avoir beaucoup trop tardé lors de la transmission de renseignements cruciaux au Conseil fédéral, notamment lors de la crise des fonds en déshérence. «Il a tenté de contrôler seul le flux d'informations, mais les propositions de la Chancellerie durant la crise étaient toujours complètement dépassées.»

A peine annoncé le départ du Chancelier, la course à la succession a immédiatement démarré. La Chancellerie faisant partie des prébendes que se partagent les partis gouvernementaux, chaque formation a son prétendant: les socialistes défendent la vice-chancelière Anna Muralt, les démocrates-chrétiens le vice-chancelier Achille Casanova.

Jugée favorite par les connaisseurs, la secrétaire générale des services du parlement – et donc très bien connue des électeurs du chef de la Chancellerie – Annemarie Huber-Hotz porte les couleurs du parti radical. L'Union démocratique du centre (UDC) attend le résultat des élections de dimanche pour lancer son candidat. Si son score est bon, les autres partis pourraient accorder le poste de Chancelier à l'UDC pour la consoler de ne pas pouvoir obtenir un second siège au Conseil fédéral.