Du jamais-vu pour les CFF et leurs usagers. Lundi matin, à l'heure du véritable test pour l'entrée en vigueur du nouvel horaire, non seulement les trains n'étaient pas en retard, mais certains sont même arrivés en avance. Zèle du conducteur, prudence dans l'établissement de l'horaire? Un train de la ligne du pied du Jura est arrivé à Genève avec cinq minutes d'avance, témoignait un voyageur arrivant de Neuchâtel et n'en croyant pas sa montre (lire ci-dessous).

A la fin de ce premier jour ouvrable, la compagnie ferroviaire a pu tirer un bilan positif, confirmant celui de dimanche. 700 000 pendulaires ont pu prendre leur train sans problème. Les gares ont également pu digérer sans étouffer des flux de passagers grossis en raison de cadences plus rapprochées.

Du côté des passagers, on entendait parfois des grognements de déception. Malgré des fréquences plus rapides, les trains n'en étaient pas moins bondés. Or, certains ont eu tout autant voire davantage de peine à trouver une place assise, que ce soit entre Lausanne et Genève ou entre Berne et Zurich.

Le conseiller fédéral Moritz Leuenberger en a fait l'expérience. Sautant au dernier moment dans le train après avoir été retenu par des journalistes sur le quai de la gare de Zurich, il n'a plus trouvé de siège et s'est installé sur les marches reliant les deux étages pour compulser le rapport sur la politique aérienne de la Confédération, qu'il devait présenter plus tard à Berne. Le ministre des Transports a décliné l'offre de voyageurs prêts à lui céder leur place mais, alors que le train abordait le nouveau tronçon entre Rothrist (AG) et Mattstetten (BE), il a déploré que les passagers ne lui posent pas davantage de questions sur ce changement historique pour le rail suisse. «J'aurais eu beaucoup de choses à dire sur les négociations et les compromis qu'il a fallu faire avec les riverains pour gagner ces onze minutes entre les deux villes», a-t-il assuré.

Cette nouvelle ligne Rothrist-Mattstetten est la seule à avoir connu un problème notable. Une panne encore inexpliquée de l'ordinateur commandant l'installation de sécurité est survenue en fin de matinée et pour vingt minutes. Les sept trains circulant à ce moment sur ce tronçon de 45 km ont subi des retards de 25 minutes.

D'autres lignes sont moins favorisées que Berne-Zurich. Ainsi le temps de voyage entre Lausanne et Berne reste-t-il exactement le même. Le fait que les CFF, excellents vendeurs, aient rebaptisé un «interregio» en «intercity» sans modifier ses prestations ne change rien à l'affaire.

A Neuchâtel et dans le Nord vaudois, on voit ce qui ne va pas: les liaisons avec Berne ne sont pas compétitives. Quant à la liaison Fribourg-Yverdon, elle fait partie des laissés-pour-compte de Rail 2000. Un pendulaire domicilié à Estavayer (FR) et travaillant à Genève enrage d'arriver à Yverdon aux 57 alors que la correspondance part aux 56…

Ce sont évidemment dans ces régions que l'augmentation de prix accompagnant Rail 2000 passe le plus mal. Sur La Côte vaudoise, la «révolution» du rail va carrément de pair avec la suppression des trains. La troisième voie CFF ne va pas plus loin que Coppet et la multiplication des trains rapides a chassé les omnibus des rails. Il n'y a plus de train pour Founex ou Céligny, plus non plus pour Prangins ou Bursinel. A partir de Coppet, de Nyon ou de Gland, il faut faire le reste du trajet en bus. «Les réactions sont surtout négatives, mais c'est parce que les gens doivent changer leurs habitudes, note Bernard Ricki, directeur des Transports publics de la région nyonnaise (TPN), la compagnie qui assure les courses de substitution. Lundi matin, faute de statistiques fournies par les CFF, on ne savait pas trop sur combien de voyageurs il fallait compter. Une partie des passagers a dû voyager debout. Il faudra peut-être doubler certaines courses.» La grogne peut être compréhensible, si l'on en croit le calcul fourni par cet habitant de Bursinel. «Le prix d'un aller-retour pour Lausanne augmente de 52% et le temps de parcours passe de 42 à 44 minutes.»

Le changement a toutefois un avantage, que ne manquent pas de relever les usagers des heures calmes de l'après-midi. «Le bus vous dépose plus près de chez vous, alors que les gares sont éloignées des villages», notait un habitant de Céligny.

Les CFF avaient mobilisé 2300 collaborateurs pour informer les voyageurs dans les 80 plus grandes gares. Visiblement bien préparés, les usagers ont peu fait appel à leurs services. Ils ont en revanche assailli le site internet des CFF, qui a enregistré jusqu'à 55 000 demandes à l'heure et qui, en fin de journée, ne voulait carrément plus répondre.