Il est des symboles qui parlent autant que les injonctions: Genève a fermé son Jet d’eau. Tout comme ses chantiers, une mesure forte entrée en vigueur vendredi.

Aussi, la timidité du Conseil fédéral n’est pas vraiment comprise au bout du Lac, même si elle ne remet pas en question la décision genevoise: «Il existe une marge de manœuvre juridique qui nous permet de fermer les chantiers, explique Roland Godel, porte-parole du conseiller d’Etat Serge Dal Busco, chargé du Département des infrastructures (DI). Dès le moment où l’ordonnance fédérale n’en parle pas, le canton peut agir de son côté.» Ce n’était pas le cas pour l’ouverture des hôtels, un thème sur lequel le Valais s’était fait taper sur les doigts par Berne.

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Le Conseil d’Etat genevois a mis en place une commission tripartite, avec les milieux patronaux et syndicaux, pour préciser les modalités de cette suspension et examiner les exceptions et dérogations. La commission met en place un dispositif afin de pouvoir répondre aux besoins d’information des entreprises et aux demandes de dérogations. Le secrétaire syndical d’Unia Genève, Alessandro Pelizzari, se félicite de la poigne genevoise et déplore le laxisme ailleurs: «Nous avons réussi à convaincre et les employeurs ont tiré à la même corde. Nos collègues alémaniques étaient sur la même ligne, ils ont réuni 20 000 signatures pour une pétition, mais sans succès.»

«Nous aurions préféré une solution plus radicale»

Dans les cantons de Vaud et du Valais, l’ouverture des chantiers est conditionnée au respect des normes sanitaires. «Or jeudi, dans le canton de Vaud, tous les chantiers étaient ouverts, note le syndicaliste. Car les inspecteurs du travail restent dans leurs murs et la police a passablement à faire dans les rues pour disperser les rassemblements.» En Valais, mêmes constats: «Des mesures plus fortes sont nécessaires, car les chantiers continuent sans que les normes d’hygiène soient respectées, estime Jeanny Morard, secrétaire régional d’Unia Valais. Le Conseil fédéral nous promet aujourd’hui des contrôles pour s’assurer que les entreprises respectent les mesures d’hygiène. C’est un petit pas, mais nous aurions préféré une solution plus radicale.»

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Sans cela, et même avec la plus grande vigilance, pas facile de respecter strictement la distance sociale sur certains sites: «Chaque chantier présente une réalité différente, explique Alain Métrailler, directeur de Dénériaz SA et président de l’Association valaisanne des entrepreneurs. Dans beaucoup de cas, nous arrivons à respecter les mesures d’hygiène, dans d’autres, c’est plus compliqué.» Concernant les contrôles, même perplexité: «C’est comme les radars sur la route, poursuit l’entrepreneur. Il est rare que la responsabilité individuelle engage au respect dans 100% des cas. Les contrôles sont réalisables, mais à quelle fréquence? Je pense que tous les chantiers ne seront pas contrôlés la semaine prochaine.» La décision bernoise laisse la Suisse romande dans une inquiétude palpable.

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