Lorsque l'alerte a retenti, à 5 h 45, au centre de la voirie de la Ville de Genève, aux Vernets, les chaussées étaient déjà blanches. Les premiers chasse-neige sont partis vers 6 h 15, suivis de vingt-cinq «pony», équipés de lames et de saleuses. En priorité, ils devaient saler les deux zones géographiques d'altitude de la ville, où la neige est la plus persistante: les crêts de Champel et les crêts du Petit-Saconnex. Au même moment les équipes de la voirie cantonale épandaient du sel sur l'autoroute de contournement, tandis que les autres communes envoyaient leurs propres camions.

Une opération de routine. Sauf que, rapidement, la circulation dense a ralenti les opérations de déneigement. Frontaliers, pendulaires et Genevois se sont agglutinés sur des chaussées enneigées, prudents au volant, roulant au ralenti, se faisant parfois quelques frayeurs en dérapant dans un virage, sur une pente ou au freinage. Et puis, dans des glissades malheureuses, plus d'une trentaine de véhicules sans pneus neige sont partis dans des tête-à-queue, provoquant des accidents sans gravité et, effet boule de neige de circonstance, des embouteillages. «Du coup, raconte Boris Woelflé, chef du Service de levée et de nettoyage à la Ville de Genève, nos camions ont été bloqués sur les axes qu'ils venaient dégager.»

Retards en cascade

Devant ce paysage nordique, beaucoup de Genevois ont préféré laisser leur voiture, et opter pour le bus ou le tramway. Mais, là aussi, le réseau des Transports publics genevois (TPG) s'est retrouvé paralysé dans les bouchons. «Dès 7 heures, nos véhicules ont circulé avec plus de 25 minutes de retard», explique le porte-parole des TPG, Xavier Farinelli. Des retards qui étaient encore plus importants sur les lignes de campagne. «Nos bus sont équipés de pneus neige, le problème c'est que la voirie n'a pas pu déneiger les routes à temps.»

Même l'aéroport de Genève a dû interrompre son trafic aérien, de 10 heures à midi, afin de permettre aux sept camions équipés de dégager la piste et le tarmac. Trente-quatre vols ont été retardés au départ, trente et un à l'arrivé. «Certains ont même été détournés sur des aéroports voisins», indique Philippe Roy, porte-parole de l'aéroport.

Devant le chaos provoqué par sept petits centimètres de neige, on peut se demander si Genève est paré à ces conditions climatiques prévisibles. A La Chaux-de-Fonds, les habitants rient encore d'une anecdote qui s'est déroulée durant l'hiver 1985. Un jour, les chutes de neige étaient si abondantes que Genève a loué à la cité horlogère du matériel pour dégager ses routes. Situation cocasse car les chasse-neige envoyés par La Chaux-de-Fonds avaient été vendus deux ans auparavant par Genève qui estimait ne plus en avoir besoin.

«Nos opérations de déneigement se sont nettement améliorées depuis», assure Boris Woelflé. «Même si, poursuit-il, en raison des faibles chutes, nous risquons de perdre l'habitude d'utiliser le matériel.» C'est ainsi, il y a quelques années, qu'un employé de la voirie, en conduisant une fraiseuse, a propulsé la neige dans un appartement dont les fenêtres étaient ouvertes.

80 tonnes de sel répandues

Selon Boris Woelflé, le déneigement s'est bien déroulé, hier. «Le problème est que nos véhicules ont été bloqués dans des embouteillages, car dans plus de 80% des cas, nous intervenons durant la nuit.» Chaque année, le canton et les communes genevoises révisent leur plan d'intervention pour le déneigement. Les chaussées ne sont plus traitées de façon préventive, par souci de protection de l'environnement. Du 15 novembre au 15 mars, des équipes de piquet sont prêtes à intervenir à tout moment. «Mais c'est vrai, admet Boris Woelflé, que s'il tombait plus de 20 centimètres d'un coup, nous aurions de grandes difficultés.»

Lundi, le Service de la voirie de la Ville de Genève a répandu près de 80 tonnes de sel sur les 220 km de routes de son réseau. Elle en a encore 220 tonnes en réserve. Les prévisions climatiques annoncent de la neige en plaine pour les prochains jours.