Même si le canton tire une discrète fierté de ses avancées dans le domaine de la solidarité, Genève n'aime pas trop le qualificatif de «laboratoire social». Cela sent trop l'expérimentation et l'image est à double tranchant.

Depuis le début des années 90, il y a en effet une constance évidente dans la politique sociale genevoise vers la reconnaissance du droit à un minimum vital. Un droit consacré par la jurisprudence du Tribunal fédéral, en 1995, qui estime que, si l'Etat a pour mission de garantir la liberté individuelle et la liberté d'expression, il doit, a fortiori, garantir une couverture minimale des besoins d'existence pour les plus démunis. Cette notion s'est traduite ainsi, dans la nouvelle Constitution fédérale, par la reconnaissance du «droit de recevoir les moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine».

Dès lors, le projet genevois de Revenu minimum de réinsertion (RMR) ne fait que devancer un courant qui ne pourra que se généraliser dans les cantons. Après le Tessin, le parlement jurassien, a adopté, il y a quelques semaines, une loi qui substitue aux allocations spéciales (assistance) de l'Aide sociale des contrats d'insertion construits sur le même modèle que le projet genevois. Dans d'autres cantons, tels Vaud et Fribourg, les RMR se limitent encore à une fonction strictement complémentaire à l'assurance chômage. Mais l'idée est ancrée.

De la charité du XIXe siècle au droit à un revenu minimum, c'est essentiellement la reconnaissance du droit fondamental à une existence conforme à la dignité humaine qui fait la différence.