Le Temps: Quand, en avril 2002, le Conseil d'Etat s'est séparé de Gilbert Duchoud, avait-il des informations pour soupçonner les organes dirigeants de la BCV d'infractions pénales?

Charles Favre: Pas d'éléments factuels précis – des faux par exemple. Nous n'avions pas, notamment, de quoi soupçonner le nouveau directeur général, Pierre Fischer. Notre décision à l'encontre de Gilbert Duchoud fut motivée par la rupture des rapports de confiance. Le Conseil d'Etat n'obtenait pas de réponses crédibles à des questions fondamentales, comme l'origine des pertes. Les organes dirigeants ne pouvaient ou ne voulaient pas faire ce travail d'introspection, la question reste ouverte. La seule certitude est que nous ne pouvions admettre ce comportement.

– Les plaintes pénales déposées par l'actuel Conseil d'Etat et la banque vous étonnent-elles?

– Au vu de ce que je viens d'évoquer, je ne suis pas vraiment étonné. Nous avions de grandes interrogations par rapport au comportement de Gilbert Duchoud. La banque faisait de la résistance depuis longtemps. Pendant toutes les années où j'ai dirigé le département des finances, à partir de 1996, jamais on ne nous a spontanément signalé le moindre problème.

– Les derniers développements auront-ils des conséquences négatives sur la BCV?

– Le nouveau directeur général et le nouveau président du conseil ont su recréer un capital de confiance, je ne me fais pas trop de souci de ce côté-là. Pratiquement, le départ immédiat de trois directeurs et du secrétaire général soulève évidemment des difficultés, j'imagine. Pour ma part, je m'interroge surtout sur ce qu'ont fait – ou pas fait – les organes de contrôle internes et externes pendant toutes ces années.