Il y a 20 ans, l’Exposition nationale suisse s’apprêtait à vivre son dernier mois d’ouverture au public. Du 15 mai au 20 octobre 2002, 10 millions de visiteurs s’étaient promenés entre les arteplages d’Yverdon-les-Bains, de Neuchâtel, de Bienne et de Morat. La région des Trois-Lacs avait été choisie en 1995, au détriment des cantons de Genève et du Tessin, pour organiser cet événement par lequel la Suisse se met en scène, une fois par génération. La limite officieuse des vingt-cinq ans approchant, il est temps pour les autorités fédérales de penser sérieusement à la prochaine exposition.

Quatre projets ont été dévoilés. Ils s’appellent Nexpo, X27, Muntagna et Svizra27. Les initiants des trois premiers sont en contact. Ils travaillent à un possible rapprochement. Le comité du dernier, qui s’est présenté comme le projet de la Suisse du Nord-Ouest, semble décidé à partir seul. Lorsqu’on leur demande de détailler le contenu de chacun de leur projet, les organisateurs sont empruntés. Cet embarras s’explique: le Conseil fédéral tarde à donner des directives qui permettraient aux responsables d’adapter leurs idées aux règles du jeu. Un rapport fédéral sur les conditions-cadres est bien prévu, mais pas avant fin 2023.

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C’est pour cela que Charles Juillard, conseiller aux Etats du Centre, a déposé l’interpellation «Comment le Conseil fédéral va-t-il choisir le projet de future exposition nationale?» Le Jurassien n’étant «pas du tout satisfait» des réponses du Conseil fédéral à ses quatre questions, son texte fera l’objet d’une prise de parole ce lundi, en présence du conseiller fédéral Guy Parmelin, dont le Département de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) a hérité du dossier de l’exposition nationale. «Ce choix m’a surpris, confie Charles Juillard. Je m’attendais à ce que le Département de l’intérieur s’en charge, en particulier l’Office fédéral de la culture.» Dans sa réponse, le Conseil fédéral rappelle que, «le 29 juin 2022, il a réaffirmé son attitude positive et s’est positionné conjointement avec la Conférence des gouvernements cantonaux (CdC). A cet égard, les deux parties se déclarent favorables à la tenue d’une future exposition nationale.» On a connu soutien plus enflammé.

S’il a participé au premier jury appelé à se prononcer sur Svizra 27, Charles Juillard n’a désormais plus aucun lien avec aucun dossier.

Pourquoi les réponses du Conseil fédéral vous ont-elles déçu?

Charles Juillard: Je déplore un manque d’enthousiasme et de vision de la part du Conseil fédéral. Je m’attendais à ce qu’il exprime un soutien au principe d’une exposition nationale et donne les grandes lignes de ce qu’il en attend. Il aurait pu exprimer des axes principaux, voire des préférences. Le Conseil fédéral aurait même pu inviter les responsables des quatre projets existants à se parler. Cela leur aurait permis de se positionner, en vue de fusionner, voire d’abandonner certains projets, qui ne seraient pas dans le cadre défini par les autorités.

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Quelle est la suite de la procédure fédérale?

J’ai tendu une perche au Conseil fédéral pour qu’il soit plus actif. Il ne l’a pas saisie. Je crains donc que l’on doive attendre fin 2023 et le rapport sur les conditions-cadres pour avancer. C’est dommage car pendant ce temps, les responsables des projets engagent des fonds privés comme publics. Or, en cette période, il s’agit plutôt de limiter les dépenses publiques.

Etes-vous favorable au principe d’une exposition nationale?

Oui, j’y suis favorable. Je pense qu’il s’agit d’un élément important pour la cohésion du pays et pour le lien entre les générations. C’est aussi l’occasion de mettre en vitrine l’innovation développée en Suisse et qui doit profiter à toute la population.