Charles Kleiber a annoncé sa démission avec effet immédiat de la présidence de l’Hôpital du Valais à Esther Waeber-Kalbermatten, ministre de la Santé, lundi en fin d’après-midi.

Plus tard dans la soirée, la conseillère d’Etat a tenu une séance de crise avec les autres membres du conseil d’administration. «Ils m’ont dit qu’ils étaient d’accord de continuer mais qu’ils avaient besoin de plus de soutien du département», explique Esther Waeber-Kalbermatten. Elle a donc décidé de créer une «cellule de support stratégique» qui comprend le président ad interim du conseil d’administration, Hildebrand de Riedmatten, le directeur de l’hôpital et elle-même.

Alors que son prédécesseur, Maurice Tornay, avait donné davantage d’autonomie à l’institution, la ministre de la Santé fait le mouvement inverse pour tenter de sortir de la crise. «Les séances entre l’hôpital et le département seront plus fréquentes, ce qui nous permettra d’avancer ensemble», explique-t-elle. «Cette organisation existe pour la période de crise, après quoi je suis d’avis que l’hôpital doit être autonome et que je dois agir comme autorité de surveillance», poursuit-elle.

La ministre se refuse à tout commentaire sur la gouvernance très critiquée de Charles Kleiber, démissionnaire pour «motifs personnels», selon le communiqué de l’hôpital.

A sa nomination en janvier 2012, il s’était présenté comme le pacificateur qui allait ramener confiance et sérénité. En septembre 2013, quand le chirurgien Vincent Bettschart s’est trouvé sous le feu des critiques après le décès de trois de ses patients, Charles Kleiber a organisé une enquête interne et a dit sa confiance en Vincent Bettschart. «L’hôpital lave plus blanc que blanc», commentait alors l’UDC, comprenant l’attitude de Charles Kleiber comme le choix d’un camp dans les guerres qui déchirent l’institution depuis la fusion des hôpitaux.

Esther Waeber-Kalbermatten avait alors commandé une expertise conduite par un Belge. Ses résultats, publiés début mars, sont sévères avec l’institution. Charles Kleiber n’a jamais commenté cette étude et l’hôpital s’est contenté d’un communiqué très général. Ce sujet était-il une cause de tension entre la conseillère d’Etat et Charles Kleiber, tension qui aurait pu le pousser à partir? «Nous n’avions pas de désaccord particulier, répond Esther Waeber-Kalbermatten. Nous avons toujours travaillé de manière correcte.» Au sein de l’hôpital, dans le cercle des proches de Vincent Bettschart, on est pourtant très critique avec ce rapport d’expertise. Peu après cette publication, l’hôpital a licencié deux anesthésistes valaisans. L’affaire a suscité une levée de boucliers et la commission d’enquête parlementaire (CEP) récemment mise sur pied a demandé publiquement à la conseillère d’Etat de suspendre cette décision. Charles Kleiber avait décidé de ces départs contre l’avis du directeur de l’institution et sans le feu vert du collège des médecins. Contredit par le rapport d’expertise, puis par la CEP, Charles Kleiber avait perdu de sa crédibilité. «Il a échoué dans sa mission, dès lors sa démission était inévitable», estime le PLR dans un communiqué. «Il n’a fait qu’accroître la discorde», juge l’UDC. «Le conseil d’administration a procédé à de nombreuses réorganisations ces deux dernières années pour réduire le nombre de départements de onze à cinq, causant un certain nombre d’insatisfactions», tempère Esther Waeber-Kalbermatten.

Passionné par son projet d’hôpital, Charles Kleiber s’est laissé entraîner en plein cœur de la bataille, perdant sans doute la distance nécessaire à son poste présidentiel. «Les ennemis de l’hôpital n’ont pas désarmé. Tapis dans l’ombre, ils ont parfaitement organisé le lynchage médiatique d’un chirurgien hors sol, coupable à leurs yeux de tous les maux», écrit-il dans sa lettre ouverte.