«Etre homosexuel n’est pas un crime, ni un péché»

Eglise L’évêque de Coire a créé le tollé en citant un passage de la Bible condamnant les homosexuels à la mort

Devant les protestations, l’évêque Charles Morerod temporise

Face à la polémique qui enflamme l’Eglise catholique, l’évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Charles Morerod, a décidé de sortir du silence. Joint par Le Temps, il revient sur les propos de l’évêque de Coire. Vitus Huonder avait en effet cité un passage de l’Ancien Testament condamnant à la mort les homosexuels: «Quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ce qu’ils font tous les deux est une abomination: ils seront mis à mort, leur sang retombera sur eux.» Lundi, deux plaintes pénales ont été déposées contre l’évêque ultraconservateur. La Conférence des évêques suisses (CES), elle, se refuse à prendre position.

Le Temps: Que vous inspirent les propos de votre confrère Vitus Huonder?

Mgr Charles Morerod: Je suis en vacances et j’attends moi aussi, comme la Conférence des évêques de Suisse (CES), que Mgr Huonder s’explique lui-même. Mais je ne veux pas donner pour autant l’impression que cette pénible affaire m’indiffère. J’ajoute que ce genre de question a un potentiel diviseur pour toute Eglise, en raison de divergences sérieuses dans le traitement des textes bibliques.

– C’est-à-dire?

– Par exemple, la Conférence de Lambeth, qui réunit tous les dix ans les évêques anglicans du monde entier depuis 1867, pourrait ne pas se réunir en 2018. Et comme j’ai participé à la commission de dialogue entre catholiques et anglicans, je sais que l’un des premiers motifs de tension interne à l’anglicanisme est la forte divergence concernant l’homosexualité, entre les Eglises anglicanes de type anglais ou américain, plutôt libérales sur le plan moral, et certaines Eglises africaines ou asiatiques, majoritaires dans l’anglicanisme.

– Au sein de l’Eglise catholique, est-ce aussi ce sujet qui provoque le plus de débats?

– Il y a des sujets plus centraux concernant la foi, mais moins médiatisés… Sur le plan moral, il y a une question générale: prêche-t-on à temps et à contretemps, dans quelle mesure tient-on compte des développements de la société et de la culture? Si on change le contenu, on risque de ne plus être chrétien, mais si on veut continuer à dire la même chose, il faut parfois le dire autrement pour être compris. C’est un peu comme la langue: le sens des mots évolue, et si on garde une même phrase sans l’expliquer, elle sera comprise dans un sens différent. Cette question n’est pas nouvelle, mais elle se pose avec acuité dans notre monde en changement rapide.

– Qui estime encore, à part Mgr Vitus Huonder, qu’il faille transposer les textes du Lévitique tels quels?

– Plus beaucoup de monde, et d’ailleurs, pour autant que je sache, Mgr Huonder n’a pas dit qu’il fallait le faire littéralement. L’interprétation du texte du Lévitique, qui parle de mettre à mort les homosexuels, est rarement pris à la lettre par les juifs. Même si un homme a tragiquement poignardé des participants à la Gay Pride de Jérusalem récemment, évoquant ce passage. Quant aux chrétiens, ils les relisent en principe à la lumière du Nouveau Testament: «Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre», «qui a vécu par l’épée mourra par l’épée», etc. Quant à moi, j’ai toujours été radicalement opposé à la peine de mort, même pour les crimes. A plus forte raison pour ce qui n’est pas un crime.

– C’est une position progressiste pour l’Eglise catholique. Ceux qui pensent comme vous sont-ils devenus majoritaires?

– Ce n’est ni progressiste ni minoritaire. Le fait d’être homosexuel – surtout sans choix personnel! – n’est pas un crime, ni un péché. L’Eglise, suivant la Bible, parle de certains actes comme des péchés, parce qu’elle pense que la fécondité liée à la différence homme-femme est un caractère central de la sexualité. Mais il est évident qu’en dehors d’une perspective religieuse, pas seulement chrétienne, cette approche semble absurde à la plupart de nos contemporains.

– Au fond, vous êtes proche de Markus Büchel, président de la CES, qui en appelle à «remettre en question le poids de l’histoire» et à «trouver une nouvelle parole équitable envers les hommes»?

– Les discussions entre évêques suisses auront d’abord lieu entre nous. Depuis le début de mon épiscopat j’ai toujours dit que le point de départ de la vie chrétienne est la foi, pas la morale qui en découle. Mais je sais aussi que c’est surtout ce que nous disons sur la morale qui attire l’attention du public et des médias. Du coup nous donnons l’impression de ne parler que de ça…