A l'invitation du Parlement des jeunes de Genève, l'intellectuel musulman Tariq Ramadan et l'avocat genevois Charles Poncet ont débattu hier soir au Palladium sur le thème de «la laïcité de l'Etat». La discussion s'est rapidement focalisée sur le projet de loi français et les questions qu'il suscite au sujet de la réelle capacité d'ouverture de l'islam aux principes des démocraties occidentales. Quelque 150 personnes étaient présentes, jeunes pour la plupart. Peu d'entre elles semblaient issues de l'immigration, et seules deux jeunes filles voilées se trouvaient dans la salle.

D'emblée, Charles Poncet s'est présenté comme un catholique anticlérical. Il a été le véritable animateur de ce débat, poussant Tariq Ramadan à sortir de ses retranchements rhétoriques pour l'amener sur des terrains plus concrets. En citant Diderot, l'avocat a immédiatement donné le ton à la discussion, présentant la religion, et tout particulièrement le monothéisme, comme un danger. Mais il a aussitôt tenu à prendre ses distances avec la conception française de la laïcité: «La laïcité n'est pas la secte laïque qui est à l'œuvre en France, elle ne consiste pas non plus à imposer des normes laïques comme une religion.» A ses yeux, toutes les visions du monde sont également défendables, et la laïcité n'est rien d'autre que la tolérance à l'égard des croyances des autres.

Tariq Ramadan, applaudi à plusieurs reprises, a tenu un discours modéré sur toutes les questions qui lui ont été soumises par Charles Poncet et le public. Selon lui, la pratique de l'islam ne peut s'inscrire que dans le cadre de la loi du pays dans lequel vivent les musulmans. «La loi est contraignante pour tous, a-t-il affirmé. Mais elle offre des latitudes pour l'interprétation, qui peuvent être ouvertes ou fermées. Aujourd'hui, nous sommes obligés de donner une lecture qui respecte la pluralité et les religions.»

Bien, mais qu'implique ce respect? Faut-il accepter qu'une jeune fille musulmane ne puisse pas aller à la piscine parce que son père s'y oppose? a demandé Charles Poncet. Et que dire du statut des femmes dans les pays musulmans? Quid de la démocratie, inexistante en terre d'islam? Pour répondre à ces questions, Tariq Ramadan a habilement évité d'entrer dans des considérations religieuses, préférant se lancer dans des explications psycho-socio-culturelles.

Ainsi, le refus d'aller au cours de natation relève-t-il d'abord de la pudeur et de la complexion psychologique d'une personne. S'il admet que l'inégalité entre les hommes et les femmes est un problème dans certaines parties du monde musulman, il refuse de lui reconnaître une origine religieuse, invoquant des «lectures culturelles, patriarcales et rétrogrades». Quant au manque de démocratie, il a renvoyé la question à son contradicteur, insistant sur la responsabilité partagée des pays occidentaux, dont aucun selon lui ne veut la démocratie en Arabie saoudite, par exemple.

Sur la question du port du voile, il a cependant confirmé qu'il s'agit d'une prescription religieuse. «Mais il ne saurait être imposé, a-t-il précisé. C'est un acte de foi qui doit être librement consenti. Une femme n'est pas moins musulmane quand elle décide de ne pas le porter.»