Le ciel a commencé à s’éclaircir au-dessus de la montagne de la Vounetse. Encore marqué par la retentissante faillite de la société d’exploitation de ses remontées mécaniques en mars dernier, Charmey, le plus vaste domaine skiable du canton de Fribourg, veut renaître. Ce mercredi, les contours d’une nouvelle entreprise fondée officiellement le vendredi 16 août, TéléCharmey SA, ont été présentés publiquement aux médias. L’objectif: rouvrir les installations en décembre prochain déjà.

«Un véritable grounding»

«Il y a une idée d’urgence, si on ne repart pas tout de suite, on ne repartira jamais», appuie Claude Gendre, l’un des trois codirecteurs de TéléCharmey. Pour lui, il était inconcevable que la station puisse prospérer sans ses remontées mécaniques, «colonne vertébrale» du tourisme local. C’est peu dire que la faillite a été durement ressentie en Gruyère. «Au niveau régional, elle a été un véritable grounding», souligne Philippe Menoud, le président du conseil d’administration de la nouvelle entité.

Démarrée sous l’impulsion du préfet de la Gruyère, Patrice Borcard, la création de TéléCharmey a été rendue possible grâce à l’engagement de neuf actionnaires qui ont chacun investi 100 000 francs. Sept représentent des acteurs régionaux, comme les Bains de Charmey ou l’Hôtel Cailler. Parmi les actionnaires, on retrouve encore la société Anura du magnat de l’immobilier fribourgeois Damien Piller, ou l’entreprise vaudoise de construction Orllati. Ces deux derniers noms ont suscité des interrogations. «Ils n’attendent aucun retour sur investissement, promet Philippe Menoud. Leur aide est un coup de cœur autant qu’un coup de pouce pour notre région, où ils sont actifs.»

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Malgré les soutiens, Philippe Menoud demeure «modeste et déterminé» face au défi. Plusieurs démarches devront encore être effectuées ces prochaines semaines pour espérer relancer les remontées mécaniques, en premier lieu finaliser l’offre d’achat de la masse en faillite de l’ancienne société. L’octroi de l’autorisation d’exploiter par l’Office fédéral des transports dépend de la réalisation de mesures anti-incendie et de l’engagement d’un chef technique. Il sera également impératif de pouvoir réintégrer le MagicPass, abonnement qui permet l’accès à trente stations de Suisse romande.

Axé sport, gastronomie et loisirs

Mais le plus gros pari sera de pouvoir rentabiliser des infrastructures surdimensionnées pour une station des Préalpes. Une problématique qui avait conduit l’ancienne société d’exploitation à des déficits chroniques et au surendettement. «Nous voulons passer d’une entreprise de transport qui n’a essentiellement que des charges à une entreprise globale, axée sport, gastronomie et loisirs, en développant de nouvelles recettes, à travers par exemple la location de luges ou de VTT», plaide Claude Gendre. Le nombre de jours d’ouverture sera ainsi étendu à 280 par année pour une véritable politique touristique quatre saisons. Ambitieux, l’objectif est d’équilibrer les comptes d’ici à trois ans, avec une aide limitée de la commune de 250 000 francs par année. «Dans trois ans, on refera les calculs, conclut Philippe Menoud. Et ce sera soit la renaissance, soit un nouveau grounding.»