Le Temps: Samuel Schmid a justifié jeudi l'achat de douze chars de déminage dans le cadre du programme d'armement 2006 par la menace terroriste. S'agit-il d'un pur argument de vente ou d'un réel besoin?

Didier Burkhalter: Présenté ainsi, cela peut ressembler à une pure ineptie. Mais, en réalité, de tels chars peuvent trouver une véritable utilité lors de menaces ou attaques terroristes pour, par exemple, sécuriser des périmètres. Il est par contre évident qu'ils ne serviront pas à traquer des terroristes et à creuser la terre pour en dénicher...

- Mais, très concrètement, comment des chars de déminage peuvent-ils être utiles si des terroristes décident de s'en prendre à la Suisse?

- Si des grands axes de communication sont détruits, ils peuvent franchir toutes sortes d'obstacles pour venir en aide à la population civile. Mais prenons l'exemple d'un attentat perpétré à l'aéroport de Zurich ou de Genève: un avion s'écrase dans un climat de guerre terroriste. Des menaces réelles pèsent sur des cibles concrètes (infrastructures, place financière, etc.). Dans ce contexte-là, une véritable psychose peut s'installer et les puissants chars de génie et de déminage pourront être dépêchés sur place pour sécuriser le périmètre et ainsi rassurer la population. En cas de menace, ils peuvent devenir un élément utile de dissuasion. Mais, encore une fois, il ne s'agit pas du cœur de compétence de ces chars.

- Leur utilité première reste le déminage et la capacité d'œuvrer dans des terrains minés.

- Bien sûr. Mais les moyens de défense de l'armée doivent être de plus en plus polyvalents, raison pour laquelle Samuel Schmid évoque la menace terroriste, qui devient grandissante. Pour notre défense traditionnelle, la Suisse doit maintenir un noyau de compétence, et le projet d'acquisition de chars de génie et de déminage s'inscrit dans ce cadre. Je suis d'accord avec le ministre de la Défense quand il dit qu'en acquérir douze serait le «strict minimum». Si le parlement décide une nouvelle fois de refuser les chars, il devra alors admettre qu'il renonce au concept de la montée en puissance d'un noyau dur de l'armée. Pour concilier les objectifs d'économies et d'efficacité, le PRD prône plutôt une solution originale: la concrétisation plus rapide de la stratégie de «sécurité par la coopération». Il s'agit en particulier d'imaginer un accord-cadre avec l'Union européenne pour la politique de sécurité et de défense, notamment en matière d'armement. J'ai l'intention de déposer prochainement une interpellation au parlement dans ce sens.