Climat 

«La charte de la transition écologique permet de mener enfin un véritable débat de fond»

Entre louanges, interrogations et scepticisme, trois parlementaires (le socialiste Roger Nordmann, l’UDC Céline Amaudruz et le PLR Jacques Bourgeois) commentent la démarche lancée par «Le Temps» pour ces élections fédérales

Depuis la semaine dernière, tous les candidats romands aux élections fédérales ont été invités par Le Temps à se positionner sur trente engagements en faveur de la préservation de l’environnement. Premières réactions de trois d'entre eux


A propos de la charte:


Roger Nordmann (PS/VD): «Certaines propositions engagent une remise en question de notre mode de vie»

«Cette charte est salutaire. Sur le fond, cette démarche permet de mener enfin un véritable débat de fond. En ce début de campagne électorale, il y a une curieuse tendance à ne pas vouloir discuter des grands thèmes politiques, que ce soit en Suisse alémanique ou en Romandie d’ailleurs. On ne s’intéresse plus qu’aux bizarreries et au destin personnel de tel ou tel candidat. Je trouve nettement plus intéressant d’être interpellé par un journal sur mes engagements en faveur de l’environnement, plutôt que sur ma couleur préférée ou mes gadgets de campagne. Le Temps a décidé de se focaliser sur la seule thématique de la transition écologique, c’est son entière liberté. Ce choix est légitime, le climat est l’un des plus grands enjeux de notre temps. Sur le contenu, je peux souscrire à tous les points de cette charte. Celle-ci offre à la fois une bonne vue d’ensemble de la problématique ainsi que plusieurs solutions techniques intéressantes. Le texte repose également sur un bon équilibre entre notre devoir d’exemplarité, notamment celui de notre place financière, et le besoin de collaboration internationale. Certaines propositions sont mûres pour être adoptées par la population, d’autres, comme dans les domaines de l’alimentation ou le transport aérien, engagent une remise en question de notre mode de vie.»


Céline Amaudruz (UDC/GE): «Je ne prends des engagements qu’envers mes électeurs»

«Je n’ai pas lu la charte de la transition écologique du Temps et n’ai pas besoin de le faire pour savoir quoi en penser. Une telle démarche de la part d’un journal me surprend et me laisse sceptique. Je ne comprends pas l’intérêt de réaliser une charte sur une seule thématique. Pourquoi ne pas l’ouvrir sur d’autres questions? L’écologie est certes un enjeu crucial – je ne le nie pas –, mais il y en a d’autres tout aussi importants pour notre pays, comme l’indépendance de la Suisse, nos relations avec l’Union européenne, l’égalité homme-femme… Par cette démarche, on nous incite à nous engager dans un domaine, celui de la défense de l’environnement, où la Suisse est déjà numéro un et où notre petit pays n’a qu’un faible impact au niveau mondial. Surtout, même si un média privé reste libre, je ne comprends pas que Le Temps prenne une telle posture favorisant un parti, celui des Verts, durant une campagne d’élection fédérale. Si des journalistes me demandent mes positions sur différents thèmes politiques, je répondrais toujours volontiers, en toute transparence, car les citoyens ont le droit de connaître mes opinions. Mais je n’ai pas à signer la charte d’un journal. Je ne prends des engagements qu’envers mes électeurs.»


Jacques Bourgeois (PLR/FR): «Cette charte permet de faire connaître les positions des candidats sur un enjeu majeur»

«Personnellement, c’est la première fois dans ma carrière politique que l’on me demande de signer une charte rédigée par un journal. Habituellement, nous en recevions plutôt de la part d’organisations de défense d’intérêts particuliers. La démarche n’est pas inintéressante. Elle permet de faire connaître les positions des différents candidats sur un enjeu majeur: comment protéger notre environnement, notre air et nos sols, pour les léguer aux générations futures les plus préservés possible. Je demeure par contre perplexe sur la question de s’engager sur des points précis, ce qui pourrait nous être reproché plus tard en cas de changement d’opinion. Car rien n’est jamais figé, tout évolue, notamment dans le domaine de la recherche, qui pourrait amener de nouvelles solutions. Par exemple, la charte invite à une sortie progressive des produits sanitaires de synthèse. Mais à l’avenir, le réchauffement climatique fait apparaître des maladies encore inconnues et des nouveaux parasites, comme la mouche suzukii dans la vigne. Comment lutterons-nous contre? Enfin, en tant que directeur de l’Union suisse des paysans, je ne peux que regretter que la charte insiste sur le bio et les offres végétariennes, mais ne dise rien sur le manger local et l’importance des produits de saison.»

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