Les élections communales du printemps prochain dans le canton de Vaud seront capitales pour les radicaux et les libéraux en fusion. Pris en étau entre les roses-verts, champions des villes, et les aspirations urbaines de l’UDC, les pères fondateurs du canton y jouent leur destin. Les conservateurs, en crise d’identité et de personnalité, souffrent de la précarité du PLR naissant.

Loin des tourments des adversaires, la gauche aspire à prendre le pouvoir au gouvernement et au parlement du canton. Ce premier épisode d’un long feuilleton – les élections fédérales se dérouleront en automne 2011, les cantonales au printemps 2012 – devrait sonner l’heure de la conquête attendue.

Dans ce décor contrasté, la tournée de mars 2011 mettra en scène une gigantesque chasse à l’urbain tapis dans des agglomérations surpeuplées. Tout le monde va afficher sa fibre citadine. La ville obsède les aménagistes comme les politiciens. Les transports, la sécurité, l’aménagement du territoire, l’accueil des enfants, la culture alimenteront les débats sur l’Arc lémanique comme dans le Nord vaudois.

Les coalitions roses-vertes, parfois rouges, défendront leur hégémonie sur les centres de plus de 10 000 habitants. Celle-ci fera souvent liste commune dès le premier tour aux exécutifs communaux. L’alliance devra cependant canaliser la rivalité historique entre les socialistes et les Verts. En outre, les vieux démons litigieux de la gauche de la gauche risquent d’affaiblir la force de frappe du cartel «progressiste». A Lausanne, SolidaritéS a lancé deux candidats alternatifs au magistrat sortant Marc Vuilleumier provoquant la colère divine de Josef Zisyadis.

Victime d’une érosion électorale durable et d’un revers mortifiant à Lausanne en 2006 avec un seul municipal élu contre six, la droite modérée rêve de revanche. Elle aura l’occasion de vérifier si le succès de Pierre Rochat à Montreux lors d’une élection complémentaire en décembre 2010 ébauche une renaissance ou incarne l’ultime spasme d’un organisme au crépuscule. Les «bourgeois» sauront si la fusion des «cousins ennemis» radicaux et libéraux dessine la «droite moderne» espérée. Autrement dit, le PLR nouveau séduira-t-il les citadins sans perdre le goût du terroir où les pertes ont été moins douloureuses?

L’UDC, elle, attaquera frontalement le PLR. La formation, qui se proclame désormais «le seul vrai parti de droite du pays», veut rallier à son camp tous les «conservateurs» déçus. L’UDC, solidement blochérienne, un peu moins agrarienne, marche sur les villes. Elle entend muscler ses groupes parlementaires et affirmer son emprise sur l’ensemble du canton.

Finalement, le «centre», là ou se pressent tous ceux qui se déclarent «ni de gauche ni de droite», cherchera surtout à exister. PDC, Verts libéraux, Vaud Libre – sous différentes appellations locales déjà établies à Vevey et à Montreux ou en devenir ailleurs – sans oublier le nouveau-né Mouvement des Citoyens vaudois convoiteront les contrées qui échappent à la polarisation de l’échiquier politique.

Ces grandes figures électorales se découperont sur un paysage foisonnant. Chaque commune, plus de 370, est un cas à part. Les contrastes frappent l’esprit. D’un côté, Lausanne, forte de 130 000 habitants, focalise les regards. Les partis se disputent la métropole, rivale du canton. Elle fait et défait les carrières politiques. De l’autre, des dizaines de petites localités vivent dans l’anonymat. Les fièvres partisanes y sont absentes. Mais la bagarre peut être vive pour un terrain à bâtir ou un trottoir. C’est là que l’on peine à trouver un milicien prêt à se dévouer pour le bien quotidien de la commune.

Entre ces extrêmes, les villes – de 10 000 à 30 000 âmes – engendrent des agglomérations dilatées où s’empilent population et emplois. Il n’est pas rare que des ententes locales, sans coloration précise, concurrencent les formations traditionnelles. A l’image des Gens de Gland triomphant en 2006.

Du coup, la diversité géographique et sociale, combinée avec des systèmes électoraux qui brassent majoritaire et proportionnelle, peuvent produire tout et son contraire, parfois dans des communes voisines. Dans le Chablais vaudois, le PLR règne à Aigle. La gauche en revanche mène le bal à Bex où l’UDC, conquérante partout, perdait l’un de ses deux municipaux il y a cinq ans.